dimanche 27 décembre 2009

Bonne année!


Gilles Vervisch est parti...stop

dans la vallée des rois...stop

pour une semaine...stop

suivre les traces de

Howard Carter,...stop

sur les rives du Nil....stop




Retour le 4 janvier 2010...

mercredi 23 décembre 2009

Emission "L'appart", sur radio campus

Au gré de la visite, trois personnalités du monde politique, associatif, économique, culturel ou médiatique se découvrent et commentent librement l’actualité.

Pour échanger sur ces sujets, comme d’habitude, trois invités :

- Hervé This - Physico-chimiste dans l’équipe de Gastronomie Moléculaire, au Laboratoire de chimie d’AgroParisTech, directeur scientifique de la Fondation Science & Culture Alimentaire (Académie des sciences), président du Comité pédagogique de l’Institut des hautes études du goût, de la gastronomie et des arts de la table, co-créateur de la discipline de "gastronomie moléculaire".
- Remy Burkel - Réalisateur de documentaires dont Justice à Vegas, une série documentaire diffusée sur Arte en octobre qui vient de sortir en DVD.
- Gilles Vervisch - Enseignant, agrégé de philosophie, auteur du livre "Comment ai-je pu croire au Père Noël ? Philosopher au quotidien".

dimanche 20 décembre 2009

Ouest France

Philosophie. Ce petit traité, rédigé par Gilles Vervisch, prof agrégé, se propose de donner des clés afin de philosopher quotidiennement. Instructif et plein d'humour.

Soyons honnête : Comment ai-je pu croire au Père Noël ? n'a qu'un rapport lointain avec le vieux bonhomme à la barbe fleurie. Hormis les premières pages, qui tentent de répondre à cette angoissante question. Les chapitres suivants, eux, se proposent de réfléchir sur des questions tout aussi cruciales : Comment être soi-même dans une soirée où l'on ne connaît personne ? Ou Puis-je me fier à la météo pour savoir comment m'habiller demain ?

Ceux qui croient trouver des réponses toutes faites en seront pour leurs frais. Comment ai-je pu... est un livre de philosophie. Une matière qui, comme chacun sait, incite à penser par soi-même. Gilles Vervisch préfère donc donner des pistes de réflexion, afin de tenter d'éclairer d'un jour nouveau nos décisions, nos choix, nos renoncements...

Ainsi, le chapitre Comment ai-je pu rester aussi longtemps avec un mec aussi con ? trouve des réponses du côté de la préservation de l'espèce humaine, du fantasme, et même du mythe de la caverne de Platon... Comment échapper à l'ennui du dimanche après-midi va voir du côté de Sisyphe, de l'absurdité de la vie, de notre condition de mortel et pour tout dire, du sens de l'existence.

Il ne faut pas s'y tromper : ceci est de la philosophie. Certains passages nécessitent une lecture attentive, voire plusieurs lectures. Mais Gilles Vervisch a le chic pour vulgariser et faire comprendre. Surtout, la nature l'a doté d'un sens de l'humour corrosif, qu'il sait parfaitement mettre au service de sa discipline.

Florence PITARD.

lundi 14 décembre 2009

Qu'est-ce que l'identité nationale?

Bien sûr, on peut toujours remarquer que le débat sur l'identité nationale est une idée lancée en forme de leurre pour occuper les éditorialistes et autres journaleux qui, d'ailleurs, n'ont pas manqué de mordre à l'hameçon. Du coup, on pourrait estimer qu'il n'y a pas lieu de débattre.

Alors, plutôt que de discuter, faisons un peu de philosophie en revenant aux fondamentaux, en se demandant tout simplement: "qu'est-ce qu'une Nation?" Or, cette simple question révèle déjà les problèmes qui se posent à tous ceux qui cherchent à penser la notion "d'identité nationale", et ce, dans les trois définitions successives de la nation, que l'on trouve dans le dictionnaire Le Petit Robert:
"1. Groupe d'hommes auxquels on suppose une origine commune."
Reste à savoir qui est ce "on". S'agit-il de l'ethnologue, de l'historien ou de l'anthropologue? Dans ce cas, il faudrait savoir de quelle origine on parle, aussi bien dans sa nature (ethnique, politique, religieuse, géographique, etc.), que dans le temps: on remonte jusqu'à quand? Quelle époque considère-t-on comme étant "l'origine" d'une nation? Pour la France, par exemple; on pourrait considérer que la naissance de la Nation remonte à la Révolution de 1789. Pourtant, les individus qui ont déclaré l'institution de la Nation Française se reconnaissaient déjà, alors, une origine commune. Faut-il remonter au moyen-âge? A l'antiquité, plutôt, comme lorsqu'on parle de "nos ancêtres les gaulois"? Mais ne s'agit-il pas plutôt des francs et de Clovis, leur premier roi? Il faut plutôt admettre que l'origine est bien difficile à définir, et ceux qui pensent pouvoir identifier des "français de souche", aurait bien du mal à nous dire à quelle époque leur arbre a été planté et surtout, de quelle espèce il s'agit! En fait, chaque "nation" est constituée et continuellement transformée par des flux de migrations. Personnellement, j'ai un grand-père qui est né en Belgique, à Anvers. Je suis donc loin d'être un français de souche, quelle que soit l'origine qu'on voudrait définir arbitrairement.

2. Mais bien sûr, je suis plutôt de type "caucasien" (c'est-à-dire, européen). Et quand on pose le problème de l'identité nationale, ce n'est pas la menace de la friterie belge qu'on met en avant. On parle des "immigrés", mais quand on dit cela, on ne pense pas aux immigrés belges qui le sont pourtant. Non, quand on dit "immigré", l'image mentale qui correspond à ce mot est tout de suite celle d'un noir ou d'un arabe, de préférence musulman. C'est donc plutôt la nation au second sens du dictionnaire, à laquelle on pense:


"groupe humain, généralement assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité (historique, sociale, culturelle) et la volonté de vivre en commun"

Cette seconde définition a au moins le mérite de ne pas prétendre à une définition objective de la Nation.
Qu'est-ce que la Nation? C'est une idée. Elle n'est en rien définie par un territoire géographique, par exemple. Non, la nation, c'est l'idée d'avoir des choses en commun avec d'autres individus. C'est l'idée d'appartenir à un groupe, d'être le membre d'un corps qui forme un tout. La Nation n'est rien d'autre que la mesure dans laquelle un ensemble d'individus se reconnaît des points communs par lesquels ils forment, tous ensemble, une unité. Le "on" de la Nation ne semble donc pouvoir être le regard extérieur d'un scientifique, ethnologue ou autre. C'est le sentiment, l'idée, le vécu, la conscience de ceux-là mêmes qui sont censés former la Nation.
Reste à savoir ce que ces individus décident de prendre en compte, dans les caractéristiques qui les définissent individuellement, pour décréter qu'ils font partie du même groupe que les autres. Après tout, nous sommes chacun la somme de parties qui nous définissent; nous avons une langue, des habitudes, un territoire, une famille, une morale, des croyances, une apparence physique, etc. Or, par laquelle de ces qualités avons-nous le sentiment d'être les mêmes que d'autres? Comme on le comprend, là encore, la conscience d'une Nation peut être tout à fait arbitraire, et c'est ce qui rend impossible un débat sur l'identité nationale: a priori, il n'y a pas une caractéristique qui définit l'unité d'un groupe plutôt qu'une autre. C'est à ce groupe et à ses membres qu'il appartient de choisir ce qu'il décide de considérer comme le principe de son unité. Et l'on peut trouver tout à fait discutable le fait de choisir une tradition "judéo-chrétienne" plutôt qu'autre chose. Encore une fois, la nation n'est pas un groupe défini par des critères objectifs qu'une étude permettrait d'identifier. C'est sur la conscience et le sentiment subjectifs que repose cette unité (ainsi que le rejet de ce que l'on considère comme étant Autre, différent). Moi, je serais d'avis, par exemple, de choisir l'esprit démocratique et rejeter l'extrême-droite, si bien que je ne me sens pas du tout faire partie de la même nation que les élus du Front National. Et oui, pourquoi pas?


3. Alors, c'est subjectif? Il n'y a plus lieu de discuter? Ce serait là, pourtant, un moyen de justifier à peu près n'importe quelle forme d'identité nationale et par suite, toutes les formes d'exclusions qu'elle entraînerait: "la nation "française" veut se reconnaître à sa religion chrétienne pour exclure les musulmans? Il n'y a pas lieu de la critiquer, puisque c'est subjectif; c'est son choix!" Et l'on ne se sent pas vraiment satisfait par cette réponse. Mais on peut en trouver une, à la fois objective et subjective, dans la 3ème définition que le dictionnaire donne de la nation:

"groupe humain constituant une communauté politique[...]personnifiée par une autorité souveraine."

Voilà! La Nation, c'est une communauté politique, autant dire une communauté soumise à un ensemble de lois qui sont les mêmes pour tous, et c'est sans doute le critère le plus indiscutable qu'on puisse trouver. Ainsi, l'identité nationale, c'est-à-dire la reconnaissance qu'on les individus de faire partie d'une même Nation peut se définir par la reconnaissance d'une même autorité politique (en France, les différents pouvoirs élus par les électeurs), et l'obéissance aux mêmes lois (en France, celles qui sont votées par les représentants du peuple). C'est sur ce seul critère que l'on peut défendre l'idée d'une identité nationale, et je n'en vois pas d'autres. Ainsi, dès lors qu'un individu reconnaît la République Française et ses lois comme les autorités suprêmes auxquelles il doit obéir, et dès lors qu'il y obéit effectivement de manière inconditionnelle, je ne vois pas bien au nom de quoi on lui refuserait le droit de faire partie de la Nation et d'être une partie constitutive de l'identité nationale.

Quand à ceux qui voudraient encore définir la nation par une origine ou une culture religieuse particulière, pour en exclure les musulmans, rappelons leur les paroles de Clermont-Tonnerre, député de l'Assemblée constituante de 1789:

"Il n'y a pas de milieu possible: ou admettez une religion nationale; soumettez-lui toutes vos lois; armez-la du glaive temporel, écartez de votre société les hommes qui professent un autre culte; [...] ou bien, permettez à chacun d'avoir son opinion religieuse [...]. Voilà la justice, voilà la raison; consultez encore la politique, elle vous dira: Attachez des hommes à la loi." (Discours contre les discrimination du 23 décembre 1789, in Orateurs de la Révolution Française, page 246, "La Pléiade", Gallimard, 1989).

dimanche 13 décembre 2009

Critiques Libres

Une lectrice avisée?

En tout cas, merci à Dudule

pour son joyeux commentaire

mardi 8 décembre 2009

Epingle à nourrice

Epingle à nourrice n.f. instrument destiné à piquer les fesses d'un nourrisson en feignant de l'avoir fait par mégarde

Une épingle à cheveux sert à épingler des cheveux. Une épingle à chapeau sert à épingler un chapeau. Par suite, une épingle à nourrice ne saurait servir à autre chose qu'à épingler des nourrices. Utiliser le terme épingle à nourrice pour désigner l'épingle de sûreté, utilisée notamment par les nourrices (et donc appelée épingle de nourrice, sacré bordel de vierge enceinte, c'est pourtant simple) pour fixer les langes des mouflets dont elles ont la charge est odieux, aussi odieux que de parler du cul à ta mère plutôt que du cul de ta mère... bon... l'exemple est moyen... faut trouver autre chose...

Qui d'autre utilise des épingles de sûreté, outre les nourrices ? Certains Ecossais, pour fixer leur kilt... bien... non, rien à faire avec ça... euh... les punks, oui, les punks... L'épingle de sûreté est un élément décoratif usuel chez certains punks, qui l'utilisent pour orner qui sa veste à motif écossais (ah, bah finalement, on y revient), qui son oreille, qui son arcade sourcilière. Or, ne dit-on pas un punk à chien, plutôt qu'un punk de chien ? Ceci illustre bien la différence qu'il convient de faire entre à et de. En effet, on dit punk à chien plutôt que punk de chien, parce que c'est bien le chien qui appartient au gars qui essaie, sans troze y croire, de te demander vinze euros entre deux gorgées de huit-six, et non l'inverse. Encore que... des fois c'est pas certain que ce ne soit pas l'inverse... non, là, ça sent la fin d'année, je vais pas m'en sortir...

Bon, enfin, bref, on dit épingle de nourrice, et pas épingle à nourrice, et puis c'est tout.

Paris Normandie


Comment est né ce livre?
Gilles Vervisch : «Je voulais écrire un livre non pas de vulgarisation mais bien de démocratisation philosophique parce que je crois que les gens sont aujourd'hui en quête de réflexion et de sens. La philo souffre de deux préjugés largement répandus. Pour le grand public, les questions philosophiques ont peu de rapport avec la réalité.
En gros: «La philo, c'est des gros pavés remplis de mots incompréhensibles». Et à l'inverse, il y a du côté des élites une certaine tendance à entretenir cette obscurité. «Moins les gens comprennent plus on est savant», se rassurent-ils.»

La philosophie, c'est amusant?
«Disons que l'humour me sert à faire passer bien des choses. Y compris en classe de philo. Je cherche à réconcilier le public avec une discipline qui peut sembler très spécialisée et qui est finalement universelle. Philosopher c'est, par principe, réfléchir par soi-même… pour ne plus croire au Père Noël, par exemple.»

Vous êtes-vous posé des limites?
«Je n'ai pas traité tous les sujets mais je ne me suis rien interdit! Pas même de faire un peu de politique dans certains chapitres. Mais ce n'est pas un livre militant. Je ne donne pas de réponses toutes faites. Je n'essaie pas de convaincre. L'idée à laquelle je me refuse absolument, c'est celle qui consiste à tirer les choses vers le bas à force de vouloir trop simplifier.»

lundi 30 novembre 2009

Signature de G. Vervisch à la librairie Le grand cercle

Samedi 5 décembre

de 14h00 à 18h00





C'est où?
C.C. Art de Vivre
95610 ERAGNY sur Oise

Réferundum contre les minarets : la Suisse lave plus blanc


- Qui a inventé les bonbons Ricola?
- La Suisse...
Mais la Suisse a surtout inventé la neutralité, paraît-il, c'est-à-dire, le refus de s'engager dans un quelconque conflit, auprès de tel ou tel pays. On ne choisit aucun camp pour éviter la guerre. Du coup, on ne fait pas de discrimination entre les différents clients désireux de déposer un petit capital en banque. Et tant pis s'il s'agit de biens et d'argents spoliés par les nazis aux juifs, alors même qu'on leur demandait de les laisser aux portes des chambres à gaz. C'est sans doute cette neutralité qui explique le fait que la Suisse ait longtemps refusé que les Alliés cherchent les biens juifs volés par les nazis et déposés sur son territoire: comme on l'a dit, on ne soutient aucun camp, qu'il s'agisse des "Alliés" ou des "Axés". C'est ça, la neutralité?

D'abord, on rappellera que la neutralité est une illusion, voire un mensonge: quand on accepte les dépôts d'argent volé par des nazis, on n'est pas neutre, on s'engage: on accepte et l'on cautionne les crimes perpétrés par les nazis, en montrant que "bien mal acquis profite". C'est ainsi que Jean Ziegler, lui-même suisse, diplomate et écrivain, a montré dans La Suisse, l'or et les morts, que la neutralité de son pays revenait à financer la machine de guerre nazie.

Ensuite, il y a cette interdiction de construire des minarets, votée par référendum dimanche 29 novembre et qui montre que la neutralité a ses limites. L'argent n'a pas d'odeur, mais les musulmans, apparemment, oui. La neutralité suisse consiste à garder l'argent de tout le monde, mais sans voir personne. En bref, la neutralité n'existe pas: elle consiste à s'engager. Un ancien mythe judéo-chrétien (et oui, encore les juifs!) nous l'a enseigné il y a bien longtemps: c'est l'histoire de Ponce Pilate qui se lave les mains du sort de Jésus, qu'il accepte de remettre à la vindicte populaire. Quand on prétend ne pas s'engager, on s'engage, dans la mesure où ce choix aura des conséquences. On ne peut pas ne pas choisir.

- Qui a inventé la neutralité?
- La Suisse...

samedi 28 novembre 2009

Rouen magazine n°319


En cherchant un peu, on trouvera le Père Noël...

vendredi 27 novembre 2009

Rencontre avec Gilles Vervisch au Merle Moqueur

Dimanche 6 décembre 2009
à partir de 17 heures

autour du livre Comment ai-je pu croire au Père Noël?
(déjà best-seller dans le finistère!)

Pour parler de questions essentielles comme:

Comment ai-je pu croire au Père Noël?
Comment ai-je pu rester si longtemps avec un mec aussi con?
Comment être soi-même dans une soirée où on ne connaît personne?
Pourquoi mamie met-elle une casquette à son yorkshire?
Faut-il se fier à son GPS plutôt qu'à sa femme quand on se rend chez des amis?
Etc.

Librairie le Merle Moqueur
51 rue de Bagnolet
PARIS 20ème arr

Métro: Alexandre Dumas (ligne 2)

jeudi 26 novembre 2009

Assir

Assir v.tr. assoiver

Assir s'inscrit dignement dans la lignée des verbes alternatifs, comme croiver ou soyer, qui n'apportent aucune nuance de sens mais permettent de s'affranchir sans vergogne des pièges de la conjugaison. Mais il s'agit d'un cas assez particulier dans cette catégorie. En effet, assir ne s'utilise qu'à la deuxième personne du singulier de l'impératif. Pour les autres positions conjugatoires dans lesquelles il est difficile de s'asseoir, on préférera le synonyme assoiver. Et c'est bien compréhensible, car quitte à inventer un verbe pour se simplifier l'élocution, pourquoi s'escagasser à en prendre un du deuxième groupe plutôt que du premier ? Cependant, la raison pour laquelle les parle-petit choisissent assir plutôt qu'assoiver demeurent obscures... On pourrait imaginer que c'est par souci esthétique. En effet, un "Assis-toi" sonne tout de même plus joliment qu'un "Assoive-toi" (uniquement par comparaison, on est bien d'accord, hein...). Mais peut-on vraiment raisonnablement imaginer que les ceux-qui-croivent-qu'ils-soyent iraient s'embarrasser de soucis esthétiques lorsqu'ils logorrhent ? Foutre non ! Le mystère demeure donc intact.

Pour illustrer l'utilisation conjointe des deux verbes jumeaux assir et assoiver, une fois n'est pas coutume, je vais éhontément repomper un discours récemment rapporté par Charlie Grogne : "Bon, alors ceux qu'y z'ont pas mis leurs manteaux, ils s'assoivent. Oui c'est ça, assis-toi là." N'est-il point admirable d'avoir une langue assez riche pour se permettre d'utiliser ainsi deux variantes du même verbe à même pas dix mots d'écart ?

Pour conclure, rappelons qu'à la deuxième personne du pluriel de l'impératif, on ne dit pas "Assissez-vous" ni "Assoivez-vous", mais bien "Assoyez-vous". C'est malheureux, mais c'est ainsi. On a le droit, même si Robert trouve ça populaire. Mais ça ne m'empêchera pas de continuer à préférer "Asseyez-vous", plus correct, plus logique, et tellement plus élégant.

mardi 24 novembre 2009

La main de Thierry Henry: qu'est-ce qu'un arbitre? -2

Bien sûr, on peut toujours aboyer avec les chiens: dire que Thierry Henry est un tricheur, avouer que la France ne mérite pas sa qualification. Mais on peut aussi parler de l'arbitre. Non pas pour dire que c'est lui qui a fait une erreur, mais plutôt, pour expliquer l'issue paradoxale de ce match triché: l'arbitre a toujours raison, non pas parce qu'il a raison, mais parce qu'il est l'arbitre. Par suite, il est absurde de parler des erreurs de l'arbitre ou de la tricherie de Thierry Henry.
Qu'est-ce qu'un arbitre? C'est celui qui est désigné pour trancher le(s) litige(s) entre deux parties. En ce sens, le juge est l'arbitre qui doit trancher dans un procès opposant deux parties. On comprend sans doute l'intérêt qu'il y a à désigner un arbitre: si l'on attendait simplement que les deux parties se mettent d'accord, on pourrait attendre longtemps, pour la bonne raison qu'elle ne sont pas d'accord. C'est pourquoi on accepte de s'en remettre à la décision d'un tiers, dont on exige seulement qu'il soit impartial, neutre, c'est-à-dire qu'aucun intérêt ne le lie à une partie plutôt qu'à l'autre ("on ne peut pas être à la fois juge et partie"). Au football, par exemple, celui qui arbitre un match entre la France et l'Irlande doit être d'une nationalité différente de ces deux-là.
Conséquences? Thierry Henry n'a rien à se reprocher et c'est à peine si l'on peut dire qu'il a triché. Dans un procès judiciaire entre un plaignant et un défendeur, on n'aurait pas l'idée de reprocher à l'un et à l'autre d'avoir tout fait pour défendre ses intérêts. On admet même comme principe fondamental de la justice que tout homme à droit de se défendre et d'être défendu par un avocat. On ne lui demande pas de dire la vérité; on l'autorise, au contraire, à faire tout ce qu'il juge utile pour défendre ses intérêts. Après, c'est au juge d'évaluer la parole des uns et des autres, et de trancher. Et l'on n'aurait pas l'idée de reprocher au plaignant ou au défendeur la décision rendue par le tribunal. On ne peut s'en prendre qu'au juge: c'est lui qui a rendu la décision, et c'est à lui seul qu'on a donné toute l'autorité pour trancher. Il est donc absurde d'accuser Thierry Henry de tricherie. Il a tout fait pour donner un point à l'équipe de France, et si quelqu'un doit être tenu responsable de la victoire de la France, c'est l'arbitre. Certains disent qu'au foot, c'est l'arbitre qui marque les buts, en rigolant, mais au fond, c'est tout à fait vrai.
Alors, à mort l'arbitre? S'il n'y a pas de triche du joueur, il y a une erreur d'arbitrage? Non plus. Et ce, pour la même raison que la précédente: la décision appartient au seul arbitre. Bien entendu, on suppose que l'arbitre tranche et décide conformément à des règles qu'il doit appliquer: le juge du tribunal appuie ses décisions sur la loi juridique; l'arbitre de foot, sur les règles du jeu. Néanmoins, il faut admettre et accepter que sa décision est souveraine. C'est pour cette raison, d'ailleurs, qu'on n'a pas le droit de commenter une décision de justice. L'arbitre, c'est celui qui tranche, en dernier ressort.
C'est essentiel, parce que si les décisions de l'arbitre ou du juge étaient discutables, il faudrait un nouvel arbitre entre le juge et ceux qui discutent sa décision, etc. On n'en finirait jamais. On doit donc considérer que les décisions de l'arbitre sont indiscutables, parce qu'il arrive un moment où il faut bien que quelqu'un tranche, quels que soient les arguments, contestations ou réclamations des uns et des autres. Certes, il y a des règles au foot, comme il y a des lois juridiques. Mais s'il suffisait d'appliquer mécaniquement les lois dans un procès, il n'y aurait pas besoin de juge. Pourtant, on trouverait injuste que la même loi s'applique de la même manière à tous les cas particuliers: il y a toujours des circonstances particulières, des causes particulières, etc. Et c'est la raison pour laquelle on s'en remet au jugement d'un arbitre pour décider en quel sens et dans quelle mesure un cas particulier tombe sous le coup d'une loi générale. De la même manière, il n'est pas facile d'apprécier dans quelle mesure une main est une main; volontaire ou non? plutôt un coude qu'une main? etc. C'est pourquoi on s'en remet à un arbitre pour juger l'application des règles générales du football dans un match particulier.

Bien sûr, dans le cas de Thierry Henry, la main est incontestable, tout le monde l'a vue. Il n'empêche que ce match doit être jugé selon le même principe que tous les autres match: à la fin, c'est l'arbitre qui décide. Et tant pis s'il s'est mal ou pas conformé aux règles: le principe de base du foot, comme au tribunal, c'est que la décision appartient au seul arbitre, et à personne d'autre. Si on n'est pas content, on n'a qu'à changer les règles d'arbitrage du foot. En attendant, il n'y a aucune tricherie de Thierry Henry, ni aucune erreur de l'arbitre.

samedi 21 novembre 2009

Aphoner

Aphoner v. tr. ingurgiter d'une traite le contenu de préférence alcoolisé d'un contenant qui peut être un verre, mais pas forcément

Aphoner pourrait signifier : "couper le son de sa radio pour couper court aux cris stridents de Céline Dion". Ce serait élégant. Mais en fait non, c'est juste un truc d'étudiants alcooliques. On n'aphone pas une chanteuse, si exaspérante soit-elle (et là, il est légitime de se demander si Céline Dion eut été si omniprésente, et donc si exaspérante, si l'iceberg n'avait pas aphoné le Titanic...), on aphone un verre.

Verbe bien connu des étudiants Wallons et Bruxellois, aphoner (ou affoner) pourrait se traduire en français de France par le verbe qu'existe pas cusséquer. Sauf que cusséquer est un verbe qu'existe pas et qu'on n'utilise pas, alors qu'aphoner est un verbe qu'existe pas et qu'on utilise quand même (en tout cas en Wallonnie et à Bruxelles). Donc, on pourrait, mais on peut pas, car le DDMQEP(eqouqm) n'est pas là pour inventer des néologismes mais bien pour répertorier ceux qui existent déjà (enfin plus ou moins, ça dépend, y a pas non plus des règles hyper hyper strictes, hein...). Aphoner vient de l'expression à-fond, qui signifie "boire jusqu'au fond", qu'on peut traduire en français de France par cul-sec, qui signifie boire jusqu'à ce que le fond du verre soye sec.

mercredi 18 novembre 2009

Rencontre avec Gilles Vervisch à Chartres


A la librairie L'Esperluette
10 rue Noël Ballay
28000 CHARTRES


Le samedi 21 novembre de 15h à 18h


Comment ai-je pu croire au père Noël?
Pourquoi mamie met-elle un pull écossais et une casquette à son yorkshire?
Comment ai-je pu rester si longtemps avec un mec aussi con?

Dois-je aller voter dimanche, alors que ça ne sert à rien?

Et autres questions quotidiennes et amusantes qui sont autant d'occasion de soulever des problèmes philosophiques essentiels comme: les animaux ont-ils une raison? La passion peut-elle être une illusion? La démocratie est-elle le meilleur régime politique? Qui suis-je? Suis-je libre ou déterminé? Ou même, l'existence a-t-elle un sens?

dimanche 15 novembre 2009

Faucuterie

Faucuterie n.f. Tartuffisme (on entend aussi, plus rarement, fauculerie)

La faucuterie est le caractère de celui qui te fait croire qu'il est d'accord avec ce que tu dis, alors qu'en fait au mieux il s'en contrefout et au plus vraisemblable il pense exactement le contraire. Le fondement de son assentiment est factice. Il repose donc sur un faux-cul (plus classieusement appelé tournure).
La faucuterie trouve généralement sa source dans l'impression plus ou moins réfléchie qu'a le faux-cul qu'il pourrait tirer prestige, voire profit, de son allégeance simulée. Ainsi, certains esprits chagrins soupçonnent de façon parfois à peine couverte que Bernard Kouchner, lorsqu'il explique sereinement qu'il croit sans hésitation Notre Président lorsque celui-ci proclame sur Facebook qu'ayant senti tourner le vent de l'Histoire en se rasant le matin du 9 novembre 1989, il s'était téléporté illicco à Berlin pour être le premier à donner un coup de piolet dans le mur, fasse preuve de faucuterie. Mais ce ne sont là que racontars et calomnies.

mercredi 11 novembre 2009

Gougueuliser

v. tr - angl. Google 1998.

I 1. vx Chercher des informations sur quelqu'un (ou sur quelque chose), en écrivant son nom sur la barre de navigation du moteur de recherche Google.
Notons d'abord que la société Google semble avoir un tel monopole qu'on utilise le même verbe lorsqu'on fait une recherche sur d'autres moteurs. Par exemple, le verbe "yahooïser" n'existe pas, et on ne l'utilise pas.
Notons ensuite que le verbe s'applique plutôt à la recherche de personnes que de choses. "Elle m'a gougueulisé". Par suite, le verbe peut aussi signifier "espionner", "fouiner" pour tirer le maximum d'informations sur la vie de quelqu'un et son intimité même. L'apparition d'Internet et des réseaux sociaux a ainsi conduit les individus à révéler, de leur propre initiative, nombre d'informations personnelles les concernant, tout en s'insurgeant contre le fichage informatique de type EDVIGE, ce qui n'est pas très cohérent! Cependant, ce premier sens du verbe gougueuliser tend déjà à se perdre, alors qu'on rappellera 1) qu'il n'existe même pas encore dans le dictionnaire, 2) qu'il date, au mieux de 1998! Ainsi, c'est le sens dérivé et second qui tend à s'imposer.

2. DER Evaluer la célébrité de quelqu'un, en écrivant son nom sur la barre de navigation du moteur de recherche Google, pour voir quel est le nombre de pages relatives à cette personne. Plus y a de pages, plus elle est connue.

II SE GOUGUEULISER v. Pron. 1. PSYCHAN. Evaluer sa propre célébrité, en écrivant son nom sur la barre de navigation du moteur de recherche Google, pour voir quel est le nombre de pages relatives à soi-même. L'apparition combinée d'Internet et de la télé-réalité a conduit peu à peu les individus à faire reposer le sentiment de leur propre existence sur la connaissance, par les autres et le plus grand nombre, de tout ce qu'ils sont et de tout ce qu'ils font. Par suite, "se gougueuliser" devient une démarche assez commune, qui débouche bien souvent sur les listes de ses amis facebook. En même temps, il est inutile de se plaindre au sujet de l'espionnage informatique, quand on donne le fer pour se faire battre.

2. Chercher à se connaître soi-même...

CONTR.
être quelqu'un, exister par soi-même.

lundi 9 novembre 2009

Dédicace à la FNAC de Limoges


Samedi 14 novembre A partir de 15 heures (et sans doute jusqu'à 19 heures)
C'est Limoges...mais c'est la fnac! Si vous êtes dans le coin, ou plutôt dans le centre (on ne sait jamais), n'hésitez pas!


FNAC

8, rue Combes
87000 LIMOGES

Après y a toujours Lorie qui dédicace le samedi suivant, si vous préférez mieux...



samedi 7 novembre 2009

Lévi-Strauss (1908-2009) n’était donc pas seulement une marque de jeans !

Bien que la mort de Lévi-Strauss ait fait moins de bruit que celle de Mickael Jackson, on admettra qu'elle a quand même suscité bien plus de commentaires que celle de Filip Nikolic, chanteur des 2be3 (en même temps…). Mieux encore, elle a donné lieu à plus d’émissions spéciales que la mort de Thierry Gilardi, à laquelle, tout compte fait, seul le Grand Journal de Canal+ a cru bon de consacrer une émission entière, en repassant « les meilleurs commentaires de matchs de Thierry ». Quoiqu’il en soit, les différents hommages médiatiques auront au moins permis d’apprendre que Lévi-Strauss n’est pas seulement une marque de jeans, contrairement à ce que pensaient la plupart des gens avant la mort de l’ethnologue.
Alors, c’est qui ce Lévi-Strauss que tous les journalistes ont qualifié de « dernier géant de la pensée du xxème siècle » ? Et c’est quoi ce « structuralisme » auquel on a tant fait référence ?

§1. Sommes-nous libres ? On aura sans doute entendu dire que Lévi-Strauss était au cœur des grands débats intellectuels du xxème siècle, comme il n’en existe plus aujourd’hui. Jean-Paul Sartre, en particulier, s’opposait au courant « structuraliste » auquel appartenait Lévi-Strauss. Pourquoi ? Parce que Sartre soutient l’idée selon laquelle chaque homme est libre et responsable de ses actes. Une affirmation qui permet de mettre en défaut tous ceux qui cherchent à excuser leurs crimes en prétendant avoir obéi aux ordres ou aux lois, comme les nazis ou les collaborateurs de la France de Vichy. D’ailleurs, chacun d’entre nous a bien le sentiment d’être libre: le cours de ma vie est le résultat des choix tout à fait personnels que je fais et qui ne regardent que moi : on choisit telle filière au lycée, on s’oriente vers tel métier ; on tombe amoureux de telle fille « parce que c’était elle, parce que c’était moi ». Et si l’on peut se plaindre d’avoir à obéir à la morale ou aux lois, on croit savoir pourquoi : c’est mal de tuer, les hommes doivent être libres et égaux, etc.

§2. Mais si l’on gratte un peu, on se rend compte que la plupart de nos opinions nous viennent d’on-ne-sait-où; on ne sait pas trop pourquoi on pense ce qu’on pense. On nous a toujours appris qu’il fallait faire ceci et ne pas faire cela, mais au fond, on ne sait pas bien pourquoi ça c’est bien et ça c’est mal. Alors, on obéit, simplement parce que c’est la règle. Ainsi, on semble moins libre qu’on ne le croyait d’abord, en découvrant que nous nous contentons de nous conformer à des conventions sociales sur lesquelles on ne s’est jamais vraiment interrogé (1). Et le sociologue finit par nous apprendre que les grandes décisions de notre vie qui nous paraissaient si intimes et si personnelles, correspondent à une norme statistique. Il y a des saisons pendant lesquelles « on » fait des enfants, d’autres pendant lesquelles « on » se marie ; et les fils d’ouvriers s’orientent vers certains métiers différents ces enfants de classe moyenne. Même le suicide qui pourrait apparaître comme l’acte le plus inexplicable, semble pouvoir s’expliquer par des causes sociales (2).

§3. Ainsi, les sciences humaines du xxème siècle tendent à montrer qu’on est le produit d’une société . C’est d’abord ce que signifie la « structure » du structuralisme : nous ne sommes pas des individus, des "atomes" indépendants les uns des autres, dont le comportement de chacun pourrait s’expliquer par lui-même. Nous sommes chacun les éléments d’un système social, d’une structure qui définissent nos pensées et nos actes. En fait, nous nous croyons libres un peu comme si chaque rouage d’une horloge croyait se mouvoir et tourner par lui-même parce qu’il le veut (3), alors qu’il est mis en mouvement par un autre rouage, lui-même mis en mouvement par un autre, etc. Et les mouvements de tous ces rouages s’expliquent à partir de l’ensemble auquel ils appartiennent, à savoir l’horloge. Du coup, si l’on veut comprendre pourquoi tel rouage de l’horloge est placé ici plutôt que là, et tourne dans un sens plutôt que dans un autre, il faut partir de l’ensemble du système ; autrement dit, savoir comment et pourquoi une horloge fonctionne. Il serait bien idiot celui qui se demanderait simplement : « qu’est-ce qui lui prend à c't engrenage ? Pourquoi a-t-il décidé de tourner ? »

§4. C’est ainsi que Lévi-Strauss entend faire de l'ethnologie. Qu’est-ce que l’ethnologie ? C’est l’étude de la culture ou plutôt, des cultures propres à chaque société. En général, les ethnologues sont plutôt des scientifiques du monde occidental ou « développé » qui étudient la culture de sociétés différentes de la leur, et notamment celles qu’on dit « primitives ». D’ailleurs, ce sont surtout les tribus Indiennes d’Amérique que Lévi-Strauss a étudiées, aussi bien dans ses voyages que dans ses livres. Des sociétés qu’on imagine « moins développées » que la nôtre: ignorantes, alors que nous disposons du savoir scientifique; qui pratiquent la magie, alors que nous pratiquons la médecine; vivant nus dans la forêt, alors que nous vivons habillés en ville.

§5. Quant au « structuralisme », c’est la méthode utilisée et revendiquée par Lévi-Strauss pour étudier ces sociétés afin d’éviter les erreurs ou les échecs de ses prédécesseurs comme Boas ou Malinowski. Pour faire court, deux obstacles se présentent à l’ethnologue : d’abord, le risque d’expliquer l’esprit et les coutumes d’une société différente de la sienne, à partir de la culture de sa propre société. En bref, l'ehnologue a tendance à transposer les valeurs de sa propre culture pour en comprendre une autre, si bien qu’il n’y comprend rien et fausse tout (Malinowski). Ensuite, quand bien même on voudrait éviter ces préjugés, il paraît impossible de comprendre une société qui n’est pas la sienne, dans la mesure où cela demande de connaître tous les éléments qui la composent (religion, mœurs, lois, etc.), d’en dégager le pourquoi, la raison d’être, ce qui suppose de retracer l’histoire de cette société. Tache infinie et d’autant plus dure quand il s’agit d’une société sans écrit (Boas). Quelle est donc la solution du « géant » Lévi-Strauss ?

§6. Pour le comprendre, il faut remonter aux influences que l’ethnologue avoue lui-même avoir subies, à commencer par celle de la psychanalyse de Freud. En effet, elle nous montre que certains de nos actes ou de nos pensées s’expliquent par notre Inconscient, que chacun peut apercevoir dans ses rêves. Parfois, nos rêves nous paraissent dénués de sens : « pourquoi ai-je donc rêvé que je faisais l’amour avec Nicolas Sarkozy ? » N’importe quoi ! Ou encore, pourquoi ai-je oublié mes clés chez cette jeune femme ? Freud nous dit que tout cela n’est pas dénué de sens, mais manifeste des pensées ou des désirs inconscients, c’est-à-dire qu’on ignore soi-même. Ainsi, Lévi-Strauss définit l’ethnologie de la même manière : elle a pour but de retrouver les raisons inconscientes qui expliquent les différents éléments d'une culture. Mais ces raisons ne sont pas à trouver dans l’Inconscient de chaque individu !

§7. Pour Lévi-Strauss, les raisons inconscientes qui expliquent les croyances et pratiques des différentes sociétés se présentent sous la forme de structures, que l'ethnologue se propose de découvrir et de révéler. Cette idée lui a été inspirée par la linguistique contemporaine, qui est parvenue à montrer que derrière la diversité des langues, il y avait en fait des structures ou logiques du langage qui sont à peu près les mêmes. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’y a pas une infinité de manières de produire des sons et de les articuler entre eux. C’est ainsi que les problèmes de l’ethnologie semblent réglés : plutôt que de chercher à décrire et à connaître toutes les cultures humaines pour faire une impossible revue de ce que peut être une société humaine, on cherchera les structures communes inconscientes qui se retrouvent dans toutes les cultures, qu’on les disent primitives ou développées.

Conclusion ? On peut rejeter le structuralisme parce qu’il remet en cause l’idée selon laquelle l’homme est libre. Pour une science humaine, chaque individu semble être le jouet, l’élément de structures sociales qui lui échappent, tout comme le français qui parle utilise des mots qu’il n’a pas choisis. Mais, comme on l’a entendu dire à la télé, l’œuvre de Lévi-Strauss permet de remettre en cause aussi et surtout, toute pensée raciste, xénophobe et toute idée que les cultures différentes de la mienne sont inhumaines, sous-développées, etc. Si les structures sont toujours les mêmes, c’est bien qu’une seule humanité s’organise partout et toujours à travers toutes les sociétés quelle qu’elle soit. L’autre, quelles que soient ses différences, est toujours mon semblable. Cette idée, on la trouvera particulièrement bien exprimée dans le texte sans doute le plus court, le plus important et en même temps, le plus facile à lire de Lévi-Strauss : Race et Histoire. Commencez donc par lire ça, avant de vous lancer dans Tristes Tropiques ou les deux volumes de l’anthropologie structurale.

(1) On en parle un peu plus dans le Comment ai-je pu croire au Père Noël?, ch 4.

(2) Voir l'étude d'Emile Durkheim, un des pères de la sociologie, auquel Lévi-Strauss se réfère volontier, dans Le suicide, "Quadrige", PUF, 1995.

(3) Cette idée d'une illusion de la liberté est une thèse bien montrée et connue chez Spinoza, sauf qu'il parle d'une pierre, plutôt que des rouages d'une horloge. Voir notamment "Lettre LVIII" (à Schuller), in Spinoza, Oeuvres 4, GF-Flammarion, 1966.

jeudi 5 novembre 2009

Hunhans

Hunhans n.m.pl. 365 jours depuis le début

Lorsqu'un évènement s'est produit il y a cent ans, on fête son centenaire. Lorsqu'un évènement s'est produit dix fois plus récemment, on fête ses dix ans. Lorsqu'un évènement s'est produit il y a deux ans, on fête... ses deux ans. Lorsqu'un évènement s'est produit il y a 365 jours, on fête son premier anniversaire. Ou ses hunhans. Hier par exemple, les journalistes n'ont pas manqué de célébrer les hunhans de l'élection de Barack Obama. Ils auraient pu parler du premier anniversaire de l'évènement, mais non, ils ont bien parlé de ses hunhans. Ses un an, ça ne fonctionne pas, parce qu'après ses il faudrait que an soit au pluriel, ses un ans non plus, parce que s'il n'y en a qu'un, il n'y a aucune raison de mettre an au pluriel, son un an ça ferait bizarre, donc il s'agit bien des hunhans qu'il convient de fêter.

On notera qu'un mot qu'existe pas (et qu'on utilise quand même) construit sur le même principe est tombé en désuétude. Il n'était pas rare au siècle dernier d'entendre quelqu'un avec qui l'on était en légère situation de dette réclamer ses hunfrans. Ce mot qu'existe pas a été supplanté par huneuros, preuve s'il en fallait de l'augmentation du coût de la vie.

Comment ai-je pu croire au Père Noël?

Disponible dans toutes les librairies

Comment être soi-même dans une soirée où l’on ne connaît personne ?
(Le moi existe-t-il ?)

Pourquoi Mamie met-elle une casquette et un pull écossais à son yorkshire ?
(Les animaux ont-ils une raison ?)

Comment ai-je pu rester si longtemps avec un mec aussi con ?
(Ne désirons-nous que des choses que nous estimons bonnes ?)

Dans cet ouvrage, nous espérons montrer que la philosophie n’a rien d’ennuyeux, elle permet de comprendre de manière simple des choses complexes, et n’est jamais éloignée de la vie quotidienne. Elle parle à tout le monde. Elle parle de chacun.


mardi 3 novembre 2009

Nirvãter

V. intr. - 2 nov. 2009; contraction mal expliquée du sanskr. nirvana "extinction", et du lat. vadere "aller".

Prendre un rendez-vous chez le médecin après avoir été guéri d'un cancer, apparemment...

"Y a pas que le moment du diagnostic qu'est dur: quand on nirvãt et qu'on pense que tout va bien et qu'on attend le verdict..." (N. Sarkozy, discours sur le plan cancer II, Marseille, 2 novembre 2009, 28'54'').

Ainsi, si l'on prend un rendez-vous chez le médecin sans jamais avoir eu de cancer, on dira: "prendre rdv chez le médecin". Si on prend un rendez-vous chez le médecin alors qu'on est encore atteint d'un cancer, on dira: "prendre rdv chez le médecin", c'est-à-dire la même chose. En revanche, si l'on a été guéri d'un cancer, on dira: "nirvãter".

La conjugaison est mal connue. Sans doute est-elle de la forme: je nirvã, tu nirvãs, il nirvãt, etc. Surtout, on ignore pourquoi il faudrait dire autre chose que "prendre un rendez-vous chez le médecin pour la seule raison qu' a été guéri d'un cancer. L'origine étymologique sanskrit nous le révèle sans doute un petit peu: le nirvãna signifiant "l'extinction". Il s'agit sans doute de l'extinction de la maladie qu'on espère ne pas voir revenir. Et c'est sûrement ça, "qu'est dur"!

vendredi 30 octobre 2009

Aéropage

Aéropage n.m. : lit volant

Ainsi qu'omnibuller, aéropage appartient à une catégorie bien particulière du dictionnaire des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) : celle des mots qui font immanquablement partie de l'arsenal lexical des besogneux qui cherchent à parler plus haut que leur Robert. Parce qu'il ont ouï l'une ou l'autre fois quelque mot de plus de trois syllabes, dont ils ont vaguement entendu le sens grâce au contexte, il ne peuvent s'empêcher de tenter de le recaser au détour de toutes les conversations dans lesquelles ils espèrent briller. Par exemple quand ils sont interrogés par Jean-Luc Delarue sur le plateau d'une émission de télévision.

Malheureusement, entendre une fois un mot de plus de trois syllabes, même si l'on a à peu près compris ce qu'il signifie, n'implique pas que l'on soit apte à le restituer correctement. Ainsi, lorsqu'un pédant occasionnel mais limité veut se la péter en parlant d'un groupe de gens, il n'est pas rare de l'entendre désigner ledit groupe sous le nom d'aéropage. Alors que non. Il suffit de jeter un coup d'œil furtif dans le premier dictionnaire étymologique venu pour se rendre compte que si le mot tire son nom d'un tribunal qui se tenait sur la colline d'Arès, il est quand même plus raisonnable de parler d'aréopage. Ça marche aussi à l'écrit, 53100 réponses sur Google pour aéropage, 110000 pour aréopage. La minceur de l'écart fait frémir.

Il serait amusant de réaliser une étude statistique pour déterminer quelle proportion des gens qui utilisent le mot aéropage ont coutume de prendre l'avion à l'aréoport...

jeudi 29 octobre 2009

café littéraire


Organisé par la librairie A LIVR'OUVERT

Le Mardi 10 novembre 2009 à 20 heures.

à la MJC Mercoeur
4 rue Mercoeur
75011 Paris

Métro ligne 9: Voltaire ou Charonne
Métro ligne 2: Philippe Auguste

mardi 22 septembre 2009

On peut être poète et cohérent, bordel !

boris_vian2C'est vrai, quoi, c'est pénible. Sous couvert de licence poétique, combien d'écrivaillons, combien de besogneux pollueurs de papier nous agacent l'entendement par leurs élucubrations incongrues et scientifiquement inacceptables. La terre est bleue comme une orange. Drogué, va ! C'est proprement insupportable. Et le plus difficile à avaler, c'est quand même les plus grands se laissent aller à de telles affligeantes facilités. Même Boris Vian, je viens de le découvrir. Boris Vian ! Le coup dur, quoi...

Lorsqu'il adapte, au demeurant de manière fort sympathique, Kisses sweeter than wine sous le titre Ses baisers me grisaient, vraisemblablement pour Juliette Gréco, ça peut se vérifier, il commet l'irréparable... En partant pour la noce avec son cheval brun il a croisé une rousse au détour du chemin, elle avait la peau fraiche et le nez retroussé, alors il l'a suivie sans même se retourner.

N'importe quoi ! Trop pas possible ! Si tu croises une rousse, c'est qu'elle arrive face à toi, puteborgne ! Par suite, pour la suivre, il te faut nécessairement te retourner. Tu ne peux pas suivre sans te retourner une rousse que tu croises. Même si elle est brune. T'es obligé de te retourner ! Ou alors, tu la suis à reculons, mais c'est quand même super pas crédible. Surtout à cheval. Faut déjà être sacrément bon cavalier pour faire marcher un cheval à reculons.

La déception. Boris Vian qui se répand en inepties...

hugues_aufrayNana Mouskouri, lorsqu'elle reprend la chanson un peu plus tard, commet la même absurdité. A la limite, on lui pardonne, elle est grecque, elle parle pas vraiment la langue, et peut-être qu'en Grèce les gens se suivent à reculons. C'est possible. J'y crois moyen, mais c'est possible. Mais quand, plus récemment, Emilie Loizeau ne change pas un mot de ce texte imbécile, c'est inacceptable. Se permettre de propager de telles horreurs au vingt-et-unième siècle est à la limite du criminel. D'autant plus qu'entre temps, et il faut lui en rendre grâce, Hugues Aufray avait eu le bon goût de rétablir la vraisemblance en transformant le vers débile en Alors je lui ai dit voulez-vous m'épouser. Ce qui est assez parisien.

vendredi 31 juillet 2009

Troze

Troze adv., excès de cuir

thiefaineComme taitre ou vins, troze appartient à la famille des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) pataquèsifs. Troze s'utilise quand il est question de quelque chose que ce serait mieux si c'était moins et qui commence par une voyelle. Par exemple, quand on est en présence d'une injustice flagrante et démesurée, on doit dire que c'est vraiment troze injuste. En effet, l'expérience montre que si l'on s'aventure à dire que c'est vraiment trop pinjuste, on s'expose systématiquement sinon aux quolibets, du moins à des gros yeux. Ce qui est vraiment troze injuste, parce qu'en fait on devrait dire trop pinjuste, en vrai.

secret_storyOn a trop souvent (là on ne peut pas dire troze, car souvent ne commençant pas par une voyelle, nul n'est besoin de tergiverser sur la liaison) l'impression que troze n'est employé que par des candidats petitement cérébrés d'émissions de télé-réalité (e.g. Nan, tu vois, sérieux, j'veux dire, je trouve que Jonathan il est troze énervant à vouloir être le chef de la maison, tu comprends...). En fait non, on trouve des usages de troze même chez des gens au-dessus de tout soupçon. Ainsi, dans sa chanson Strindberg 2007*, sous-titrée (à une autre banale harriet bosse, à une autre mécanique féminine vénale), Hubert-Félix Thiéfaine affirme-t-il : "T'étais juste une fille comm' les autres, jolies rondeurs belles fissures, blonde mais pas de quoi faire honneur à mes troze anciennes blessures".

wittgensteinIl vieillit un peu Thiéfaine, non ? Maintenant, ses textes ne sont presque pas plus compliqués à comprendre que le Tractatus Logico-philosophicus de Wittgenstein. Sauf les titres, peut-être...

* Dans son plaisant album de duos avec Paul Personne, Amicalement Blues.

lundi 13 avril 2009

Débaptisation

Débaptisation n.f. XXIe s. fait de prendre les devants avant de se faire excommunier parce qu'on a utilisé un préservatif au moins une fois dans sa vie

baptemeS'il est un mérite que l'on peut reconnaître à Benoît XVI, c'est bien celui d'offrir au dictionnaire des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) une doublette de nouveaux synonymes, débaptême (278 occurrences sur google) et débaptisation (plus populaire, 13600 occurrences). Cela grâce à une succession de sorties médiatiques malheureuses, sur lesquelles on ne reviendra pas ici, qui encouragent un certain nombre de bons catholiques à renoncer (au moins partiellement, on ne va quand même pas jusqu'à l'apostasie, malheureusement) à leur embrigadement religieux. Mais là n'est pas le sujet, contentons nous de parler des mots.

Le débaptême et la débaptisation, donc, sont deux mots qu'on entend de plus en plus, et qui sont absents de mes dictionnaires de référence et n'existent donc pas. Tous au plus y trouve-t-on le verbe débaptiser, mais ce dernier ne revêt en aucun cas la moindre acception liée à la religion, il n'est défini qu'ainsi : priver quelqu'un de son nom pour lui en donner un autre. Il est intéressant de noter que la débaptisation qui pourrait être issue de ce verbe ne saurait guère être active mais bien passive. La nouvelle mode du débaptême, en revanche, est un acte pleinement conscient et revendiqué.

Bravo donc à M Ixvéhi d'encourager, par ses actes et ses paroles, des réactions qu'aucun dictionnaire n'était parvenu à anticiper.

mercredi 7 janvier 2009

Vade Retro Oestrogenas

neuwirthQuand des mecs qui ont mis quatre siècles à admettre du bout des lèvres que Galilée n'avait peut-être pas totalement tort en disant que la Terre tournait autour du soleil s'amusent à se prendre pour des scientifiques, ça me fait toujours doucement rigoler. Le Vatican s'érige ces derniers temps en défenseur de l'environnement, pourquoi pas. Et pour s'attaquer aux problèmes environnementaux, la Bande à Benoît commence par dénoncer les effets dévastateurs de la pilule sur l'environnement. Pour résumer ce qu'on peut trouver quant au contenu de l'article (l'article lui-même semblant introuvable car le site de l'osservatore romano ne dispose pas d'archives exhaustives), disons que les tonnes d'hormones relâchées dans la nature à travers les urines des femmes qui prennent la pilule seraient un des principaux fléaux écologiques du monde. Ben voyons. Aucun rapport évidemment avec le fait que l'église catholique condamne a priori toute contraception, hein, c'est juste du scientifique et de l'écologique...

benoit_XVIPetit calcul rapide en ce qui concerne les tonnes d'hormones. En moyenne, les pilules actuelles contiennent à peu près 20 µg d'oestradiol par comprimé. Une femme sous pilule prend 21 comprimés par mois 12 mois par an. En admettant qu'elle ne métabolise rien et qu'elle rejette tout en faisant pipi, elle relarguerait donc grosso modo 5 mg d'hormones par an. Considérons maintenant la population mondiale. 6 milliards d'individus, soit à peu près 3 milliards de femmes. Une approximation comme ça, à la louche, on va dire qu'il y en a 10 % qui prennent la pilule. Et à mon avis je suis très très large. Mais mettons. Soit 300 millions fois 5 mg, ça nous donnerait donc, dans le pire des cas, 1,5 t d'hormones venues des contraceptifs oraux rejetées dans la nature par l'urine des pêcheresses...

Une tonne et demi... pas de quoi en faire des tonnes...

Pedro José Maria Simon Castellvi me semble donc être un gros guignol, qui mérite à ce titre d'être le premier à figurer au Conservatoire des Etalons de la Connerie Universelle pour l'année 2009.

lundi 5 janvier 2009

Au pire, qu'est-ce qu'on risque ?

Donald_WestlakeLe couperet tombe aujourd'hui. Plus de publicité (enfin le soir, pour commencer) sur France 2, 3, 4, 5 et Ô. Le contrat, éxécuté par Sarkozy, aurait été lancé par TF1, jaloux de voir ses concurrents gagner aussi de l'argent facile. Vrai ou pas, on ne le saura pas, motus et bouche cousue. La question qui se pose maintenant est la suivante : la fin de la publicité va-t-elle mener la télévision publique sur les sentiers du désastre ?

Donc, plus de pub sur le service public. Donc moins d'argent pour payer les droits de diffusions de blockbusters. Au pire, qu'est-ce qu'on risque ? Moins de Besson et plus de Capra ? Moins d'argent aussi pour payer les animateurs producteurs d'émissions de divertissement. Au pire, qu'est-ce qu'on risque ? Moins de Drucker et plus de Taddeï ? Moins de reportages sur les dégâts des eaux chez Courbet, et plus sur les aztèques dansants à Envoyé Spécial ? Que des mauvaises nouvelles, donc...

donald_westlake_au_pire_qu_est_ce_qu_on_risqueOn est aussi mort de trouille du fait que le président de France Télévisions sera maintenant nommé et révocable par le Président de la République (soit, pour le moment, Nicolas Sarkozy, personne n'est parfait). Dès lors, la télévision publique perdrait son indépendance. Mais franchement, au pire, qu'est-ce qu'on risque ? Une ligne éditoriale qui perd son indépendance (qui reste à démontrer) vis-à-vis du pouvoir mais s'affranchit de la coupe des annonceurs perd-elle vraiment beaucoup en crédibilité ? Et puis, si on veut de l'information vraiment indépendante, il reste, divine providence, TF1...
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