mardi 24 novembre 2009

La main de Thierry Henry: qu'est-ce qu'un arbitre? -2

Bien sûr, on peut toujours aboyer avec les chiens: dire que Thierry Henry est un tricheur, avouer que la France ne mérite pas sa qualification. Mais on peut aussi parler de l'arbitre. Non pas pour dire que c'est lui qui a fait une erreur, mais plutôt, pour expliquer l'issue paradoxale de ce match triché: l'arbitre a toujours raison, non pas parce qu'il a raison, mais parce qu'il est l'arbitre. Par suite, il est absurde de parler des erreurs de l'arbitre ou de la tricherie de Thierry Henry.
Qu'est-ce qu'un arbitre? C'est celui qui est désigné pour trancher le(s) litige(s) entre deux parties. En ce sens, le juge est l'arbitre qui doit trancher dans un procès opposant deux parties. On comprend sans doute l'intérêt qu'il y a à désigner un arbitre: si l'on attendait simplement que les deux parties se mettent d'accord, on pourrait attendre longtemps, pour la bonne raison qu'elle ne sont pas d'accord. C'est pourquoi on accepte de s'en remettre à la décision d'un tiers, dont on exige seulement qu'il soit impartial, neutre, c'est-à-dire qu'aucun intérêt ne le lie à une partie plutôt qu'à l'autre ("on ne peut pas être à la fois juge et partie"). Au football, par exemple, celui qui arbitre un match entre la France et l'Irlande doit être d'une nationalité différente de ces deux-là.
Conséquences? Thierry Henry n'a rien à se reprocher et c'est à peine si l'on peut dire qu'il a triché. Dans un procès judiciaire entre un plaignant et un défendeur, on n'aurait pas l'idée de reprocher à l'un et à l'autre d'avoir tout fait pour défendre ses intérêts. On admet même comme principe fondamental de la justice que tout homme à droit de se défendre et d'être défendu par un avocat. On ne lui demande pas de dire la vérité; on l'autorise, au contraire, à faire tout ce qu'il juge utile pour défendre ses intérêts. Après, c'est au juge d'évaluer la parole des uns et des autres, et de trancher. Et l'on n'aurait pas l'idée de reprocher au plaignant ou au défendeur la décision rendue par le tribunal. On ne peut s'en prendre qu'au juge: c'est lui qui a rendu la décision, et c'est à lui seul qu'on a donné toute l'autorité pour trancher. Il est donc absurde d'accuser Thierry Henry de tricherie. Il a tout fait pour donner un point à l'équipe de France, et si quelqu'un doit être tenu responsable de la victoire de la France, c'est l'arbitre. Certains disent qu'au foot, c'est l'arbitre qui marque les buts, en rigolant, mais au fond, c'est tout à fait vrai.
Alors, à mort l'arbitre? S'il n'y a pas de triche du joueur, il y a une erreur d'arbitrage? Non plus. Et ce, pour la même raison que la précédente: la décision appartient au seul arbitre. Bien entendu, on suppose que l'arbitre tranche et décide conformément à des règles qu'il doit appliquer: le juge du tribunal appuie ses décisions sur la loi juridique; l'arbitre de foot, sur les règles du jeu. Néanmoins, il faut admettre et accepter que sa décision est souveraine. C'est pour cette raison, d'ailleurs, qu'on n'a pas le droit de commenter une décision de justice. L'arbitre, c'est celui qui tranche, en dernier ressort.
C'est essentiel, parce que si les décisions de l'arbitre ou du juge étaient discutables, il faudrait un nouvel arbitre entre le juge et ceux qui discutent sa décision, etc. On n'en finirait jamais. On doit donc considérer que les décisions de l'arbitre sont indiscutables, parce qu'il arrive un moment où il faut bien que quelqu'un tranche, quels que soient les arguments, contestations ou réclamations des uns et des autres. Certes, il y a des règles au foot, comme il y a des lois juridiques. Mais s'il suffisait d'appliquer mécaniquement les lois dans un procès, il n'y aurait pas besoin de juge. Pourtant, on trouverait injuste que la même loi s'applique de la même manière à tous les cas particuliers: il y a toujours des circonstances particulières, des causes particulières, etc. Et c'est la raison pour laquelle on s'en remet au jugement d'un arbitre pour décider en quel sens et dans quelle mesure un cas particulier tombe sous le coup d'une loi générale. De la même manière, il n'est pas facile d'apprécier dans quelle mesure une main est une main; volontaire ou non? plutôt un coude qu'une main? etc. C'est pourquoi on s'en remet à un arbitre pour juger l'application des règles générales du football dans un match particulier.

Bien sûr, dans le cas de Thierry Henry, la main est incontestable, tout le monde l'a vue. Il n'empêche que ce match doit être jugé selon le même principe que tous les autres match: à la fin, c'est l'arbitre qui décide. Et tant pis s'il s'est mal ou pas conformé aux règles: le principe de base du foot, comme au tribunal, c'est que la décision appartient au seul arbitre, et à personne d'autre. Si on n'est pas content, on n'a qu'à changer les règles d'arbitrage du foot. En attendant, il n'y a aucune tricherie de Thierry Henry, ni aucune erreur de l'arbitre.

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