mardi 16 avril 2013

Swag

Lorsque le Dico des mots qui n'existent pas et qu'on utilise quand même lui fut offert sur le plateau du Grand Journal, Nabilla a instantanément souhaité savoir si le mot swag y figurait. L'immense déception qu'elle afficha lorsqu'il lui fut répondu que non incite évidemment à combler la lacune.
Le mot swag se répand en effet manifestement assez rapidement aujourd'aujourd'hui, sans qu'on comprenne bien ce qu'il signifie. Ce qui semble certain, c'est que si l'on ne comprend pas le mot swag, on n'est pas cool. De manière corollaire, si l'on est suffisamment ringard pour continuer à utiliser le mot cool, on n'est définitivement pas swag.
On comprendra que dire qu'on est cool à l'époque du swag, c'est comme dire qu'on est chébran à l'époque où on doit être cablé (on se souviendra de la leçon de langage djeun's donnée à Yves Mourousi par François Miterrand, surtout si l'on est assez vieux pour préférer dire cool plutôt que swag). On comprendra surtout que ce mot ne sert pas à grand chose, sinon à signifier qu'on est de son temps.
Qui donc est swag ? En googlisant une recherche d'images sur le mot swag, il semble rapidement évident que Justin Bieber EST swag. D'où vient le mot swag ? Certains détracteurs du mot comme du style swag laissent entendre qu'il s'agirait de l'acronyme de Secretely We Are Gay, ce qui pourrait passer pour un tantinet homophobe. D'autres explications oiseuses pullulent sur le net, on ne s'en fera pas l'écho car elles n'apportent pas grand chose.
Pour comprendre le mot swag, mieux vaut en fait ouvrir son dictionnaire d'anglais ou son théâtre complet de Shakespeare dans le texte. Dans le Songe d'une nuit d'été, Acte III Scène I, Puck dit en effet :

What hempen home-spuns have we swaggering here,
So near the cradle of the fairy queen?
Qu'on trouve traduit par :
Quels sont ces rustiques personnages qui font ici les fanfarons,
Si près du lit de la reine des fées ?

Le dictionnaire confirme cette traduction, et le verbe to swagger signifie donc crâner, se donner un air important, se pavaner, bref se la pêter. Quand on se revendique swag, par conséquent, on reconnait être un rodomont et péter plus haut que son cul. Rien de bien reluisant, donc. Personnellement je préfère rester cool, même si c'est ringard.

lundi 15 avril 2013

Bashing

n.m. - 2003, de l'anglais "to bash", cogner, tabasser.

Lynchage médiatique. 


L'express titre "Monsieur faible" et Le Point demande: "Pépère est-il à la hauteur?" La mode est donc au "Hollande bashing" comme on dit, une expression peut-être inventée par Franz-Olivier Giesbert en septembre 2012 : "Contre Hollande, c'est un procès en immobilisme qui est instruit aujourd'hui par la presse, y compris par les journaux de gauche".  

Alors, pourquoi parler de "bashing", et pourquoi maintenant? 

Après tout, la presse n'a pas été plus tendre avec Nicolas Sarkozy, sans qu'on parle pour autant de "bashing" - alors qu'on aurait pu. D'ailleurs, comme le montre assez bien un pas mauvais article de Télérama, le lynchage ou la critique des politiques par les médias ne datent pas d'hier : Léon Blum a été la cible de la presse antisémite sous Vichy, et on peut sans doute remonter à la loi de 1881 sur la liberté d'expression - la même qui interdit d'afficher - pour trouver les origines du "bashing". En fait, on pourrait même remonter encore plus loin, avec les fameuses caricatures de Louis-Philippe en forme de poire (1838). 



Le terme paraît donc un peu inapproprié: d'abord, parce que l'anglicisme laisse croire à une nouveauté, alors qu'il s'agit d'une tradition bien française. Ensuite, parce que le "bashing" a quelque chose d'exagéré, d'excessif ou d'injuste, alors qu'après tout, c'est plutôt le jeu dans une démocratie ou existe une presse libre. Est-ce qu'on préfèrerait vivre en Corée du Nord, où les médias se contentent de relayer la propagande du parti unique?  

Alors, peut-être que la "bashing" se réfère plus ou moins à la presse anglo-saxonne, assez réputée pour ses
"tabloïd" qui n'ont jamais la dent assez dure pour taper sur tout ce qui bouge, manière de dénoncer les "dérives" de la presse "normale" qui tomberait un peu dans les insultes gratuites dans le seul but de vendre plus de numéros - ce qui n'est pas à exclure.

Peut-être, aussi, que cette "réactualisation" du mot pour désigner ce qui n'est après tout que la "satire politique", vient du monde des jeux vidéos, où l'on pratique le "monster bashing" qui consiste à tuer le maximum d'ennemi dans le minimum de temps - bref, de faire un "shout them up".

Mais bien sûr, le terme "bashing" vient plus certainement du douloureux "french bashing" de la presse américaine, quand la France avait refusé de suivre les Etats-Unis dans la guerre en Irak. Du coup, à partir de mars 2003, la France et les français s'en prenaient plein les dents pour avoir manqué de reconnaissance envers les GI's qui avaient libéré le pays en 1945. Avec un épisode fameux: les frites avaient été débaptisées "french fries" pour prendre le nom de "freedom fries" (les frites de la liberté). On notera d'ailleurs que les américains, si sensibles au parjure et aux mensonges lorsqu'il s'agit de la sexualité d'un Président au cours du "Monicagate", n'ont pas l'air de condamner des mensonges bien plus dangereux, comme celui de Colin Powel qui a menti sur l'histoire d'armes de destruction massive présentes en Irak, pour lancer une guerre. Manifestement, le "french bashing" a d'ailleurs été réveillé en 2011, quand la France s'est à l'inverse engagée dans la guerre en Libye.      

C'est donc en souvenir, ou plutôt, à cause du traumatisme du "french bashing" que le lynchage médiatique est désormais désigné par cet anglicisme. Alors, si on trouve injuste la manière dont nous traitent les américains, on peut effectivement se demander si le "bashing" en général, n'a pas toujours quelque chose d'excessif.    

vendredi 12 avril 2013

mercredi 10 avril 2013

Sursensationnalisation

"Dénonçant la "sur-sensationnalisation des incidents", alors qu'il y aurait selon elle peu de cas graves, elle met l'accent sur les efforts accrus en matière de protection." Le Nouvel Observateur, 31/03/2013.
 
Evidemment, quand on trouve le mot sur-sensationnalisation dans un article, on se dit instantanément qu'on a de bonnes chances d'être tombé sur un nouveau mot. Dans un cas comme celui-là, le premier réflexe est évidemment de googliser le mot pour voir si lui ou ceux de sa famille sont quand même utilisés ailleurs que dans l'article en question, puis on se rue sur ses dictionnaires pour vérifier s'il existe. Bingo. Il n'existe pas.
 
Alors la sursensationnalisation, on comprend bien d'où ça vient. Ca vient de la sensationnalisation, dérivée elle-même du verbe sensationnaliser, lui-même construit sur l'adjectif sensationnel issu du substantif sensation. Cela n'aurait pas grand sens de remonter plus loin à la source.
 
Que nous dit Littré sur cette famille lexicale ? Et bien Littré ne nous en dit pas grand chose. Tout au plus reconnaît-il, en toute fin d'entrée, un sens figuré à la sensation (produire une impression marquée dans le public), mais il ne fait ni dans le sensationnel ni dans le sensationnalisme, ne parlons donc pas de la sursensationnalisation. Vous me direz que Littré, ça va bien, mais que bon, ça date quand même du milieu du 19ème siècle, et que la langue a bien évolué depuis. Et vous aurez bien raison.
 
Cherchons donc plus près de nous. Le Robert 2009 donne bien la même définition, à peu de choses près, que Littré pour sensation, et ne parle même plus de sens figuré. Il référence également l'adjectif sensationnel (qui produit une vive impression) et le nom sensationnalisme. Mais c'est tout.
 
On devine cependant aisément ce que signifie le verbe sensationnaliser. Il s'agit de présenter un évènement de manière à le rendre sensationnel,  à augmenter son impact. A partir de là, la sensationnalisation prend tout son sens : c'est évidemment un processus volontaire et artificiel destiné à ce que cet évènement marque les esprits ou à provoquer un buzz. Sensationnaliser, c'est éxagérer, c'est "superlativer". Mais quand on en vient à parler de sursensationnalisation, c'est qu'on a déjà admis la sensationnalisation, qu'on la considère comme normale, et qu'on veut dénoncer quelque chose qui a poussé le bouchon un peu trop loin. Si on parle de sursensationnalisation, c'est qu'il est vraiment temps d'accepter que le mot sensationnalisation existe.
 
Ce qui est amusant, c'est que si Le Robert 2009 ne parle pas de sensationnalisation, il évoque tout de même encore l'adjectif "sensass", que presque plus personne n'utilise depuis qu'il a été définitivement ringardisé par une pub pour les sanibroyeurs il y a plus de vingt ans...
 

jeudi 4 avril 2013

Allô

Interj. - Nabilla, mars 2013:

"c'est à n'y rien comprendre". 

L'interjection "allo" ou "allô" apparaît bien évidemment dans le dictionnaire des mots qui existent (c'est-à-dire dans le dictionnaire), où elle est définie comme "servant d'appel dans les communications téléphoniques." Autant dire que ce mot sert à établir la communication, le contact, le lien entre deux individus. 

Mais manifestement, la sus-nommée "Nabilla" ne l'utilise pas en ce sens. Bien sûr, ses gestes miment l'usage d'un téléphone, mais dans sa bouche, l'interjection "allô" semble bien plutôt exprimer l'incompréhension. Ainsi, le mot finit par avoir le sens contraire de son sens habituel - si tant est qu'il ait un sens. Il désigne plutôt une rupture de la communication. 

Après, on dira peut-être que le fameux "allô", tout comme la suite de cette intervention n'ont de toute façon aucun sens: "t'es une fille et t'as pas de shampoing", ne voulant à peu près rien dire. Mais dans les années 1990, Kate Moss n'avait-elle pas dit: "je déclare la guerre aux cheveux cassants et aux pointes sèches"? Et pourtant, personne ne lui en avait tenu rigueur. 

Pourquoi donc considérer qu'Arthur Rimbaud serait poète quand il invente le mot "abracadabrantesque", alors que Nabilla ne serait qu'une écervelée quand elle réinvente la signification du mot "allô"? Et pourquoi pas...    


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