mardi 4 septembre 2012

Quelques grammes de PHILO dans un monde de pub (aux éditions Max Milo)



"Une des campagnes les plus laides que je connaisse, c’est celle d’Orangina, avec ses couleurs criardes et ces animaux monstrueux aux corps humanoïdes et très « sexualisés » : l’ours qui se met du déodorant et la girafe qui étend son linge avec la lessive Orangina,  « naturellement ». Rien de naturel dans tout ça, évidemment. Mais pourquoi montrer des images si repoussantes pour une publicité ? Pourquoi créer le malaise quand le but est de donner au consommateur l’envie d’acheter un produit ? Bien sûr, c’est qu’on est parvenu au nec plus ultra de la publicité « conceptuelle » qui a depuis longtemps dépassé la simple réclame, pour devenir œuvre d’art. (...) « Si les marques ne sont pas des produits mais des idées, des attitudes, des valeurs et des expériences, pourquoi ne pourraient-elles pas également constituer une culture ? » C’est bien ce que montrent ces pubs où la bouteille d’Orangina peut tout aussi bien devenir un déodorant pour les ours ou une lessive pour les girafes. Le message est clair : je suis une marque tellement connue qu’il est inutile de vous expliquer ce que je vends. D’ailleurs, je ne vends rien : je ne suis pas une marchandise, je suis un « concept » ou une œuvre d’art. Bref, « la marque se répand ». Et en matière d’art, on a déjà vu bien pire dans la revendication d’une esthétique du laid dérangeante : le baroque, le surréalisme ou les tableaux torturés de Francis Bacon. Ce n’est pas beau, c’est monstrueux et donc, magnifique. Cette campagne Orangina provoque bien ces sentiments par lesquels Kant définissait le Sublime : « l’étonnement qui confine à l’effroi, l’horreur et le frisson sacré qui saisissent le spectateur »

Par contre, il y a une autre campagne encore plus laide, pour Virgin radio, « restons frais ». Et là, même en allant chercher Kant, il faut bien admettre que si cette campagne est laide, c’est juste parce qu’elle est complètement ratée – et pas fraîche du tout..."

Sorti le 30 aout 2012. 

3 commentaires:

  1. J'ai eu l'occasion, en passant par hasard parmi l'un des chemins étriqués et bondés de la 25ème heure du livre du Mans,de tomber sur "Quelques grammes de philo dans un monde de pub". J'ai d'abord gratifié ledit livre d'un "j'veux pas en entendre parler" aimable de lycéenne en week-end avant de me reprendre et de lire (enfin) le résumé. A voir les citations de Baudrillard, Platon, et autres Kant, j'aurais juré que l'auteur de ce livre était mon professeur de philosophie. Je me charge de le faire passer dans ma classe (mais pas trop, j'ai remarqué quelques anecdotes intéressantes à insérer ni vu ni connu dans une dissertation). Merci pour la lecture, et merci pour le regard suspicieux que je ne manquerais pas de jeter sur mes crèmes Caramel La laitière, naturellement préparées à la louche.

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  2. Ce sera mon cadeau de Noël, vivement le 24 décembre !
    J'écoute les 5min de philo tous les matins sur le Mouv' à 7h35 et ça fait du bien !

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  3. Bonjour. J'ai écrit un petit article au sujet de "Quelques grammes de philo dans un monde de pub" dans mon blog "un monde de psy". Merci pour le moment lecture sympa que vous m'avez fait passer. http://unmondedepsy.wordpress.com/2012/11/30/quelques-grammes-de-philo-dans-un-monde-de-pub/

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