mardi 6 septembre 2011

Les chroniques philo sur le Mouv': DSK ou le retour du fils prodigue

Comment expliquer que le retour de DSK soit l’événement du week-end ? On nous annonce pourtant un plan de rigueur qui devrait intéresser tout le monde (vu que c’est nous qui paye). Mais non : les journalistes et les photographes se lèvent à pas d’heure pour accueillir DSK à l’aéroport, avant de nous dire qu’il rentre au numéro 13 de la place des Vosges. Qu’est-ce qu’on en a à faire ? Bref, malgré les tentatives des autres politiques pour nous expliquer qu’il s’agit d’un non-événement, d’une affaire privée qui ne change rien à rien, il a encore piqué la vedette à tout le monde.

En fait, le retour de DSK, c’est un peu le retour du fils prodigue. Vous connaissez peut-être l’histoire – ou pas, d’ailleurs. D’abord, on parle bien du retour du fils prodigue et non pas du fils « prodige » comme on l’entend parfois ; ça veut dire, le fils qui dépense beaucoup. Il s’agit d’une parabole racontée par Jésus dans l’évangile selon Saint-Luc. « Un homme avait deux fils » : le plus jeune demande à son père sa part d’héritage et s’en va « pour un pays lointain » dilapider sa fortune « avec des prostituées ». Mais il « se trouva fort dépourvu quand la bise fut venue ». Et après avoir tout perdu, le fils revient chez son père, rongé par la honte et le remords. Pourtant, son père l’accueille à bras ouverts, lui fait des cadeaux et organise une fête pour son retour. Du coup, l’autre fils qui s’était toujours montré travailleur et obéissant est dégoûté. Et là, on pense aux Etats-Unis, le « pays lointain » de DSK, à la fortune qu’il a dépensée et à ses déboires judiciaires. Et comme le fils prodigue, les médias lui font la fête, impatients d’entendre sa première déclaration comme s’il s’agissait de la parole du Christ.

Quelle est la morale de l’histoire ? À l’origine, la parabole parle de miséricorde, ou de pardon : savoir accueillir la brebis égarée qui rentre au bercail et se repend. Mais on pourrait penser qu’il n’y a pas de morale et aucune justice, puisque le fils ingrat est plus récompensé que l’autre. Alors, « éclatez-vous ! » Comme dirait Jésus. Tandis que la plupart des responsables politiques font tout pour montrer qu’ils s’intéressent aux problèmes des français, on ne parle que de l’irresponsable DSK qui s’éclate aux States.

Cela dit, on peut y voir la dissolution de la politique dans la société du spectacle, lorsque l’image importe plus que les idées. Les responsables politiques jouent aux peoples dans les émissions de divertissement. Faire de la politique ne consiste pas à agir pour le bien commun ou même à en parler, mais simplement, à raconter des histoires pour créer un personnage. On vote pour ses gouvernants comme on vote pour des candidats de télé-réalité – « qui restera dans la maison des secrets cette semaine ? » On ne distingue plus vraiment les personnes politiques des héros de séries TV. A ce jeu là, DSK n’est pas mauvais : depuis des mois, on l’a vu vivre dans une série américaine et aujourd’hui, on attend les prochains épisodes. On voudrait nous dire que c’est une affaire privée qui ne regarde pas la politique. Le problème, c’est qu’on mélange les deux depuis bien longtemps. Alors, « qui restera à l’Elysée cette année ? »


Les chroniques philo sur le Mouv', du lundi au vendredi à 7h38, dans le 7-9 d'Amaëlle Guiton.
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