mardi 31 janvier 2012

Intervention de Nicolas Sarkozy: y a-t-il plusieurs vérité?

Que faut-il penser de l'intervention de Nicolas Sarkozy, dimanche 29 janvier?

Libération écrit en Une : « un président perdu », pendant que le Figaro parle de « mesures fortes pour relancer l’économie. » Apparemment, personne n'a vu le même film.

Alors, y a-t-il plusieurs vérités, comme l'admet le Président lui-même à la fin de son interview ?

La réponse dans la chronique "façon de penser":

En Podcast.


samedi 28 janvier 2012

TEDx Concorde


Les "talk" de Miguel Benasayag, Clair Michalon, Sophia Aram, de tous les autres et entre autres, Gilles Vervisch, sur le blog:

TEDxConcorde.

mardi 22 novembre 2011

Le meurtre d'Agnès et le fantasme Minority Report

Bien sûr que le meurtre d’Agnès au Chambon-sur-Lignon est horrible : violée, tuée et brûlée par un adolescent déjà incarcéré pour viol pendant quatre mois. Pourquoi ne pas l’avoir gardé en détention préventive en attendant le procès de son crime précédent ? Et qu’est-ce qu’il faisait dans un internat de jeunes filles ? Pourquoi, au moins, ne pas avoir prévenu le lycée-collège du passé judiciaire du garçon ? Bref, on aurait sans doute pu prendre quelques mesures de prudence.

En même temps, Mais les plaintes deviennent très étranges quand on dit que les experts psychiatres se sont trompés, ou qu’ils n’ont pas bien évalué la « dangerosité » de l’adolescent, puisqu’ils l’ont jugé « réinsérable » - comme on dit avec un mot qui n’existe pas. Alors, certains font remarquer que la psychiatrie n’est pas une science exacte et qu’effectivement, elle peut se tromper. Mais se tromper sur quoi ? On voudrait que les psychiatres soient des experts de l’avenir, que leur science consiste à prévoir, et même prédire les actes futurs d’un individu.

C’est exactement ce qui passe dans le film de Spielberg Minority Report : la police dispose de trois experts-médiums qui peuvent « voir » les crimes avant qu’ils ne soient commis. Ce sont les « précogs » (sans doute du latin cogito, « je pense », et ici : je vois par la pensée ce qui va se passer avant que ça ne se passe). Du coup, la police arrête les criminels avant qu’ils ne commettent leurs crimes. Ce qui est assez étonnant, c’est que cette histoire de science fiction est censée faire peur. A première vue, un monde dans lequel on pourrait savoir à l’avance qu’un crime sera commis, n’est ni possible, ni souhaitable. Ce n’est pas possible, parce que le futur n’est pas écrit, et qu’on suppose que les individus agissent librement. Ce n’est pas souhaitable, surtout, pour deux raisons : d’abord, ça veut dire qu’on pourrait arrêter et condamner les gens alors même qu’ils n’auraient encore rien fait. Et donc, ils seraient innocents. Ensuite, parce qu’on considèrerait, de fait, qu’ils ne sont pas libres de leurs actes, et ne peuvent rien changer à leur avenir. Quand on regarde le film, c’est très dérangeant. D’ailleurs, on est un peu soulagé en découvrant que les précogs peuvent se tromper (notamment à propos du héros, Tom Cruise). On apprend qu’il existe justement des « minority reports » ou « rapports minoritaires », c’est-à-dire quelques prédictions des « précogs » qui se sont révélées fausses. On est soulagé, parce que ça veut dire que l’avenir n’est pas écrit, et qu’il subsiste toujours une part d’imprévisibilité, et donc, de liberté, dans la vie de chacun.

Or, il est étonnant que ce qui fait peur et soulage dans ce film soit exactement l’inverse de ce qu’on voudrait quand on parle du meurtre d’Agnès. On voudrait justement que les experts-psychiatres puissent prédire l’avenir, et on a peur qu’ils se trompent. Sans se rendre compte de ce que tout ça implique : qui voudrait vivre dans un monde où on peut être arrêté et enfermé , non pas pour des actes qu’on a commis, mais pour des actes qu’on pourrait commettre dans l’avenir, alors que chacun revendique sans doute le droit d’être reconnu comme un individu libre de ses actes ? C’est pourtant ça qu’on appelle la « dangerosité » : la possibilité ou la probabilité qu’a un individu de commettre un crime.

Il faut sans doute penser à toutes ces conséquences quand on réclame des mesures supplémentaires pour prévenir l’avenir. Ce qui est dangereux, au fond, c’est de vouloir faire des lois en réagissant un peu trop vite à des faits divers tragiques, dramatiques, mais rares. Bref, dans quel monde voudrait-on vivre ? Il n’est pas certain que ce soit le monde de Minority Report.

mardi 6 septembre 2011

Les chroniques philo sur le Mouv': DSK ou le retour du fils prodigue

Comment expliquer que le retour de DSK soit l’événement du week-end ? On nous annonce pourtant un plan de rigueur qui devrait intéresser tout le monde (vu que c’est nous qui paye). Mais non : les journalistes et les photographes se lèvent à pas d’heure pour accueillir DSK à l’aéroport, avant de nous dire qu’il rentre au numéro 13 de la place des Vosges. Qu’est-ce qu’on en a à faire ? Bref, malgré les tentatives des autres politiques pour nous expliquer qu’il s’agit d’un non-événement, d’une affaire privée qui ne change rien à rien, il a encore piqué la vedette à tout le monde.

En fait, le retour de DSK, c’est un peu le retour du fils prodigue. Vous connaissez peut-être l’histoire – ou pas, d’ailleurs. D’abord, on parle bien du retour du fils prodigue et non pas du fils « prodige » comme on l’entend parfois ; ça veut dire, le fils qui dépense beaucoup. Il s’agit d’une parabole racontée par Jésus dans l’évangile selon Saint-Luc. « Un homme avait deux fils » : le plus jeune demande à son père sa part d’héritage et s’en va « pour un pays lointain » dilapider sa fortune « avec des prostituées ». Mais il « se trouva fort dépourvu quand la bise fut venue ». Et après avoir tout perdu, le fils revient chez son père, rongé par la honte et le remords. Pourtant, son père l’accueille à bras ouverts, lui fait des cadeaux et organise une fête pour son retour. Du coup, l’autre fils qui s’était toujours montré travailleur et obéissant est dégoûté. Et là, on pense aux Etats-Unis, le « pays lointain » de DSK, à la fortune qu’il a dépensée et à ses déboires judiciaires. Et comme le fils prodigue, les médias lui font la fête, impatients d’entendre sa première déclaration comme s’il s’agissait de la parole du Christ.

Quelle est la morale de l’histoire ? À l’origine, la parabole parle de miséricorde, ou de pardon : savoir accueillir la brebis égarée qui rentre au bercail et se repend. Mais on pourrait penser qu’il n’y a pas de morale et aucune justice, puisque le fils ingrat est plus récompensé que l’autre. Alors, « éclatez-vous ! » Comme dirait Jésus. Tandis que la plupart des responsables politiques font tout pour montrer qu’ils s’intéressent aux problèmes des français, on ne parle que de l’irresponsable DSK qui s’éclate aux States.

Cela dit, on peut y voir la dissolution de la politique dans la société du spectacle, lorsque l’image importe plus que les idées. Les responsables politiques jouent aux peoples dans les émissions de divertissement. Faire de la politique ne consiste pas à agir pour le bien commun ou même à en parler, mais simplement, à raconter des histoires pour créer un personnage. On vote pour ses gouvernants comme on vote pour des candidats de télé-réalité – « qui restera dans la maison des secrets cette semaine ? » On ne distingue plus vraiment les personnes politiques des héros de séries TV. A ce jeu là, DSK n’est pas mauvais : depuis des mois, on l’a vu vivre dans une série américaine et aujourd’hui, on attend les prochains épisodes. On voudrait nous dire que c’est une affaire privée qui ne regarde pas la politique. Le problème, c’est qu’on mélange les deux depuis bien longtemps. Alors, « qui restera à l’Elysée cette année ? »


Les chroniques philo sur le Mouv', du lundi au vendredi à 7h38, dans le 7-9 d'Amaëlle Guiton.

lundi 15 août 2011

Garantie soleil: et pourquoi pas une assurance pour quand on a raté sa vie, pendant qu'on y est ?

A l’heure du bilan météorologique plutôt très catastrophique de cet été, on voit fleurir les articles et reportages sur le thème : « que faire de ses vacances à Quimper quand il pleut ? » D’abord, il fallait pas aller à Quimper. Ensuite, on n’a qu’à prendre un bouquin. Surtout, on apprend que depuis 2009, il existe notamment chez Pierre & Vacances une assurance contre le mauvais temps ou « garantie soleil » : si vous avez moins de 3 jours de beau temps en une semaine, on vous rembourse.


Pourquoi pas une assurance pour quand on a raté sa vie, aussi ? Genre : « garantie belle vie, l’assurance d’une vie réussie ».

Alors, vous me direz : qu’est-ce que réussir sa vie ? Ça dépend des goûts. Mais le temps aussi, ça dépend des goûts : si y a eu un nuage, un moment, ça compte ? Et puis, la pluie, c’est le beau temps des agriculteurs qui doivent sans doute avoir contracté des assurances contre la sécheresse ou « garantie pluie ». Certains supposent même que la baisse du nombre de tués sur les routes en juillet 2011 est due à la pluie qui renforce la vigilance des conducteurs. Donc, en un sens, la pluie est elle-même l’assurance vie des automobilistes.

Surtout, on s’étonne sur cette tendance à vouloir s’assurer de tout. À la limite, on peut assurer les gens contre des catastrophes naturelles. Quand la satisfaction des besoins les plus élémentaires est en jeu : perdre sa maison, ses moyens de subsistance, etc. Quand c’est une question de vie ou de mort, quoi ! Mais s’assurer contre le mauvais temps ou les « caprices du Ciel » ? C’est un caprice de touriste. D’abord, au même moment, des millions de personnes sont menacées par la famine en Afrique. Et nous, on contracte des assurances contre le « mauvais temps » ? Mauvais, parce qu’on ne va pas pouvoir aller à la plage et qu’on va s’ennuyer. Voilà : on veut une assurance contre l’ennui.

Cette assurance « beau temps », c’est le signe de notre volonté et de notre incapacité à tout maîtriser. Il y a bien longtemps que les hommes tentent de comprendre et de maîtriser les phénomènes de la nature. Par des forces divines, d’abord, qu’on croit pouvoir influencer par des prières, des offrandes, voire, des sacrifices. Depuis Descartes et les progrès de la science, les hommes ont tendance à se croire « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Ils croient d’abord que l’ensemble de la nature est à leur service : la montagne pour faire du ski, la mer pour le bateau et les œufs de poule pour les gâteaux. Ensuite, comme ils pensent effectivement que la nature a été faite pour eux – par un Dieu ? – ils ne comprennent pas et n’admettent pas qu’elle peut leur nuire ou plutôt, que le cours naturel des choses peut se développer sans en avoir rien à carrer de ce qu’en pensent les hommes. Malgré Copernic et Darwin, on voudrait rester le centre du monde et on ne supporte plus le naturel de la nature. Le temps, le climat et toutes autres choses nous dépassent. On ne veut pas le croire et on « s’assurent » contre le mauvais temps. C’est la nouvelle religion : il n’y a plus de Dieu qui produit les phénomènes naturels. Mais comme la plupart des gens sentent bien que ça les dépasse, ils voudraient quand même, comme toujours, trouver un responsable. Les compagnies d’assurance sont une sorte de nouvelle église : « nous vous garantissons des vacances réussies », un peu comme on peut promettre le paradis à ses fidèles. Bref, malgré les progrès des sciences et des techniques, les mentalités n’ont pas changé.

mercredi 10 août 2011

Dabiste

Dabiste n. m. réassortisseur de talbins

Depuis quelques semaines le dabiste a fait son apparition dans le vocabulaire journalistique. Pas une semaine sans entendre parler d'un dabiste. Mais c'est quoi, au juste, un dabiste ? c'est même pas dans le dictionnaire... Dans le Dictionnaire des mots qu'existent, certes pas, mais dans le Dictionnaire des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) bien, et ce à compter d'aujourd'hui !

A l'évocation du mot dabiste sorti de son contexte on ne peut que se perdre en conjectures sur sa signification. Son étymologie semble de fait fort obscure. La première hypothèse serait que le mot dabiste puisse être formé à partir du dabe, le père, et affublé sur le modèle de maoïste ou janséniste du suffixe -iste qui désigne celui qui en suit la doctrine. Comme le janséniste suit les préceptes de Jansenius et le maoïste ceux de Mao, le dabiste suivrait donc la doctrine de son père, et ne serait donc en langage courant rien d'autre qu'un fils obéissant. Cela est peu probable, de nos jours les fils n'obéissent plus et il serait bien étrange d'inventer maintenant un mot pour ça. Non, ce doit être autre chose. Le Dabe étant le surnom du personnage de Jean Gabin dans Le cave se rebiffe, un dabiste serait-il donc celui qui ferait sienne la philosophie selon laquelle "dans la vie, ne pas reconnaitre son talent, c'est faciliter la réussite des médiocres" ? Voilà qui est séduisant, et c'est là tout bien considéré une façon qui en vaut d'autres d'aborder la vie. Mais fonde-t-on une philosophie sur un personnage de film, fût-il dialogué par Audiard ? Vraisemblablement pas.

La réponse est peut-être à chercher chez Heidegger (ce qui n'est pas une sinécure étant donné que personne n'a jamais pigé un broc à ce qu'il pouvait bien raconter) chez qui le Dasein, en quelque sorte, en tant qu'être constitué par sa temporalité, éclaire et interprète le sens de l'être dans le temps. Plus ou moins, en gros. Or, quiconque pouvant se targuer d'être ne serait-ce qu'un tantinet germanophone se rendant bien compte que le mot Dasein a été formé sur Da (là) et sein (être), et sein se conjuguant à la deuxième personne du singulier en bist, on peut imaginer que le dabiste soit un Heideggerien reconnaissant systématiquement l'étant-là de l'autre dans sa temporalité, ou un truc dans le genre. Même si on ne comprend pas hyper bien à quoi ça correspondrait.

La solution est en fait plus simple. Le dabiste est celui qui recharge en billets de banques les distributeurs automatiques de billets, ou DAB. Voilà. Un mot bêtement formé sur un acronyme vulgaire, avec un suffixe choisi au hasard (pourquoi pas dabeur ou dabier, par exemple ?). Comme érémiste. C'est triste à en pleurer. Un réassortisseur de talbins, quoi, aurait sans doute dit Le Dabe...

mardi 26 juillet 2011

Volumiser

Volumiser v. tr. gonfler des poils

Longtemps cantonné au jargon des capilliculteurs et autres cosmétologues chez lesquels il aurait mieux fait de rester, le verbe volumiser est en passe d'être, comme le fut en son temps positiver, popularisé par le truchement* du monde merveilleux de la publicité. Vos cheveux sont trop plats ? Pas grave, vous pouvez les volumiser avec une bombe de laque. Vos cils sont trop fins ? Qu'à cela ne tienne, volumisez les itou avec le nouveau mascara revitalisant effet liftant repulpeur volum' +, qu'est un peu cher mais, bon, vous le valez bien, en plus des études scientifiques ont démontré que non seulement avec ça vos cils gagnaient 217 % de volume mais aussi devenaient 53 % plus soyeux, c'est tellement précis que ça ne peut qu'être scientifiquement rigoureux. En même temps, 217 % de volume en plus, je vois à peu près à quoi ça correspond, mais 53 % plus soyeux, je me demande bien comment ça se quantifie.

On se demande bien également pourquoi, quitte à utiliser quand même un mot qu'existe pas on est allé s'enquiquiner avec volumiser... pourquoi pas volumer ? Parce que c'est laid ? Bah oui, mais volumiser aussi, c'est laid.

* Le sens premier du mot truchement étant personne qui parle à la place d'une autre, qui exprime sa pensée, il ne peut s'en trouver de meilleur pour désigner les pubards qui ne font rien d'autre qu'exprimer ce qu'ils veulent être notre pensée.

vendredi 24 juin 2011

TAIS-TOI ET DOUBLE! Philosophie du Code de la route

"Ce qui ne me tue pas me rend tétraplégique"

En librairie


Pourquoi y a t-il toujours des bouchons sur ma route à moi ? Et pourquoi suis-je le seul à savoir conduire ? Sur la route, on peut se laisser aller à toutes nos tendances : l’égoïsme, le sentiment de puissance, la haine des autres, la diplomatie ou la colère.
La conduite automobile est révélatrice de notre existence en général. Et une philosophie du Code de la route, un bon moyen de faire de la philosophie tout court : la liberté, l’État, la morale, sont des notions abstraites qui deviennent très concrètes au coin d’un rond-point ou au détour d’un feu rouge. Voici le seul livre qui vous fera rire même lorsque vous aurez perdu tous vos points.



" Sur une route nationale qui traversait une petite ville, j’ai vu que la vitesse était soudain limitée à 30 km/h. C’est peu. J’ai bien essayé. J’ai ralenti, ralenti pour rester au plus près de la limite et franchement, c’est vraiment très lent ! Sur le moment, j’ai bien eu le sentiment d’être l’automobiliste le plus absurdement obéissant de toute la création. Pas un chat, pas une voiture, pas un piéton dans ce bled paumé, et moi qui me traîne à 30 km/h pour respecter le code de la route. Enfin, à peu près à 30 km/h. Quelques jours plus tard, j’ai appris par la poste que je m’étais fait flasher à 37, ce qui, d’après le ministère de l’intérieur de la République Française, mérite que je perde 1 point sur mon permis et 90 euros d’amende ! Franchement, ça énerverait n’importe qui, non ? Pendant que certains font les quatre voies sur l’autoroute sans être inquiétés, que le ministre lui-même grille les feux impunément, on me verbalise pour rien. Quelle différence ça fait, 30 ou 37 km/h ? On aurait dû me filer une médaille à la place d’un p.-v., pour avoir été le conducteur le plus lent de toute la journée ! "

jeudi 23 juin 2011

Philosophie des radars "pédagogiques"

Les gens refusent les radars et revendiquent le droit de mourir dans la stupidité.

L'intérêt général, la conservation même de la vie de chacun exige que l'on retire les panneaux signalant la présence de radars - car, en général, dès qu'on aperçoit ce genre de panneau, on pile, et on rétrograde de 180 à 80 km/h en 3 s. Mais la mesure est tellement impopulaire que le ministre a fini par trouver un moyen terme - très moyen : les radars "répressifs" seront précédés par des radars "pédagogiques". En bref, on ne prévient plus, mais on donne un indice. (Mais chut!)

Comme on a pu le noter dans la Philosophie du Code de la route, ce qui est étonnant dans toutes ces polémiques, c'est la notion de "prévention", de"pédagogie". On voit assez de pubs où on nous vend des voitures "de rêve" (en citant même Shakespeare pour la Giulietta) : "sans coeur nous ne serions que des machines". Et sans cerveau ? Les voitures actuelles se veulent "suréquipées", saturées des moyens technologiques les plus au point: ABS, GPS, clim', mon cul sur la commode, etc. Bref, tout un attirail qu'on ne ne saurait confier qu'à des grandes personnes. Mais non, pendant qu'on joue les grands, les riches et les puissants, on continue à pleurnicher et à réclamer plus de "pédagogie": on est assez grand pour s'acheter un 4x4, un crossover, toutes sortes de monstres mécaniques pour montrer qu'on est "quelqu'un", mais quand il s'agit de respecter les règles, on a manifestement autant de sagesse et de conscience qu'un gamin de moins de 7 ans.

Il y a une sorte de contradiction entre ces voitures suréquipées pour grandes personnes et cette demande de "pédagogie" et d'indulgence face à la loi. Un peu comme si on mettait un enfant au volant d'un Hummer. La technique offre les moyens aux conducteurs d'être toujours plus irresponsables - en leur donnant même des détecteurs de radars- un peu comme elle permet à certains de photographier les sujets du BAC avant l'heure.

Bref, il faudrait savoir : on est un grand qui peut conduire une grosse voiture suréquipée, et alors, on est un grand - on sait se tenir, on conduire, rouler raisonnablement - ou alors, on est un enfant qui a besoin de "pédagogie", de "prévention". Alors, on doit s'en tenir à la bicyclette avec les petites roues.

Des radars "pédagogiques"? Dites, sur votre grosse bagnole suréquipée, y a pas un compteur de vitesse?

samedi 11 juin 2011

On peut être poète et cohérent, bordel ! -2

La dénonciation des incohérences dues à la fainéantise de l'homme de lettres qui tente de la dissimuler sous le pauvre vernis de la liberté du poète est un combat sans fin. On l'a vu ici, même les plus grands se sont rendus coupables d'abjections de ce type. Quelques moins grands aussi, bien évidemment.

Ainsi, le groupe de R'n'B français Tragédie, dans son hommage subtilement mixte au Tommy de The Who et au Roméo et Juliette de Shakespeare sobrement intitulé Hey Ho assène sur une musique envoutante ces paroles limpides "Est-ce que tu m'entends ? Hey ho ! Est-ce que tu me sens ? Hey ho ! Touche-moi je suis là, Hey ho, ho ho ho ho ho ho !". Le parallèle avec Tommy est évident, le leitmotiv de cet opéra rock étant le fameux "See me Feel me Touch me Heal me". Jusqu'ici rien de bien incohérent ne survient dans l'analyse du texte de Tragédie, mais le refrain doit être resitué dans le contexte global du propos de la chanson pour qu'on en saisisse bien les tenants et les aboutissants.

Si dans See me feel me la mère de Tommy s'adresse désespérément à son enfant rendu aveugle sourd et muet par le traumatisme de l'assassinat de son père, dans Hey ho le locuteur s'adresse, ainsi que le premier couplet le laisse clairement entendre, désespérement à sa dulcinée derrière sa fenêtre, lui-même étant en bas dans la rue (on voit donc bien ici le parallèle avec Roméo et Juliette) : "Ca fait longtemps, en bas de ta fenêtre, J'appelle vainement mais personne ne répond, Fais juste un signe pour montrer que t'es là Ho yé ho ho ho ho ho". On passera sur l'élision du qu' attendu devant l'en-bas, licence destinée à équilibrer la ryhtmique à l'instar du mythique "j'sais pas q'est-ce qui s'passe" dans le Femme like U de K-Maro, autre figure du R'n'B à la française du début de ce siècle, pour insister sur le sens du texte.

Tel Roméo interpellant Juliette, Tizy Bone (ou Silky Shai, il est difficile de discerner lequel des deux duettistes s'exprime), s'adresse d'en bas de [sa] fenêtre à celle qu'on imagine être sa chère et tendre (et qui, contrairement à Juliette, ne lui répondra pas, et c'est sans doute là qu'est la tragédie). Donc, Tizy Bone est dans la rue, et machine (on ne connait pas son nom) est, a priori, derrière sa fenêtre, dans son appartement. On ne sait pas à quel étage, mais j'imagine qu'elle n'est pas au rez-de-chaussée, car dans ce cas Tizy Bone s'adresserait à elle non pas d'en bas de [sa] fenêtre mais plutôt de devant sa fenêtre. Et c'est là que je m'insurge. Car si l'on comprend bien qu'il lui demande si elle l'entend, voire même si elle le sent, comment peut-il imaginer qu'elle pourrait le toucher ? Même si elle était au premier étage, il lui faudrait des bras de deux mètres, pour le toucher ! Hey ! Ho ! N'importe quoi ! On peut être poète et cohérent, bordel !

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