mardi 10 juin 2008

Roland Garros / Euro 2008 : qu'est-ce qu'un arbitre ?

arbitre

En suivant un peu la quinzaine de Roland Garros, on se rend compte d'une chose étrange : le tennis est le seul sport (à ma connaissance) où la décision des joueurs l'emporte sur le jugement de l'arbitre. En effet, quand une balle est criée "faute" (tellement fort qu'on croirait que le juge de ligne vient de perdre père et mère), certains joueurs peuvent contester ce jugement, comme on le voit encore mieux au football, où les uns et les autres font des pieds et des mains pour que l'arbitre revienne sur sa décision : "j'te jure, putain! C'est pas moi qu'ai niqué Mounia! C'est un sosie!"

Au tennis, l'arbitre de chaise peut tout à fait confirmer ou infirmer le jugement, et sa décision est en général, souveraine. Néanmoins, si un joueur accorde le point à son adversaire, même l'arbitre de chaise se soumet à sa décision. Par exemple, on peut souvent voir un service ou un coup jugés "faute". L'auteur conteste, et demande que l'on vérifie la marque. Si son adversaire s'approche de la ligne et la déclare "bonne", notamment en effaçant la marque avec le pied, l'arbitre se plie à la décision du joueur, sans même se déplacer. En bref, au tennis, l'arbitrage des joueurs, quand il est effectué au bénéfice de l'adversaire, prévaut sur les décisions de l'arbitre.

footIl n'en est pas du tout de même au football (ni dans aucun autre sport) : les décisions de l'arbitre sont souveraines et indiscutables, même si elles ne sont pas indiscutées : si un arbitre met un carton rouge à un joueur, l'équipe adverse ne peut pas décider d'annuler ce carton. D'abord, parce que ça ne se passe jamais comme cela. On n'a jamais vu une équipe contester un carton remis à l'adversaire. A vrai dire, même quand on sait pertinemment que le carton est injustifié, on se tait, trop content que l'arbitre ait affaibli l'adversaire. En revanche, quand la même décision est prise à l'encontre de sa propre équipe, on crie au scandale (et on a peut-être raison). Ensuite, même s'ils le voulaient bien les joueurs ne pourrait pas défendre leurs adversaires contre un arbitrage injuste. Au football, la décision de l'arbitre est absolument souveraine : si un joueur déclarait : "non, il ne m'a pas touché, vous pouvez annuler son carton", cela ne changerait rien. Ce ne sont pas les joueurs qui dictent ses décisions à l'arbitre, contrairement à ce qui se passe au tennis, pour une balle jugée "faute". Etonnant, non ?

Qu'est-ce qu'un arbitre ? C'est le garant de la justice: le tiers désigné ou reconnu par les parties (ou équipes), pour trancher en cas de litige ou de désaccord sur l'application des règles. Par nature, l'arbitre est neutre, et c'est la raison pour laquelle il est d'une nationalité différente des deux équipes en jeu, au football. Sa décision ne doit pas aller dans l'intérêt particulier d'une des équipes ou parties, mais elle doit donner à chacun selon ses mérites, conformément aux règles. Si les joueurs étaient les arbitres, on imagine qu'ils voudraient toujours juger selon leur intérêt, si bien qu'aucune décision ne serait prise. C'est pour cela qu'il faut un arbitre; si on demande aux parties intéressées de décider, elles affirmeront indéfiniment le contraire l'une de l'autre, conformément à leur intérêt. C'est pour cela que l'arbitre a toujours raison, non pas parce qu'il dit vrai, mais parce que c'est l'arbitre: quelle que soit sa décision, on doit s'y soumettre, parce que c'est grâce à lui que le jeu peut avancer.

On est donc surpris d'entendre ceux qui justifient les nouvelles lois pénales, comme la rétention de sureté, en se référant à la souffrance des victimes. La justice est rendue par le juge, au nom de la société, et doit donner à chacun selon ses mérites. Placer les victimes et leur souffrance, aussi profonde et compréhensible soit-elle, au centre du débat judiciaire, ce n'est pas rendre la justice, c'est satisfaire l'intérêt d'une partie. C'est un peu comme si une équipe, mettons l'Italie, était menée 1-0, et que l'arbitre, sans aucune raison, lui offrait un penalty, simplement parce que l'Italie serait triste de perdre le match.

tennisQuant à cette bizarerie du tennis, on l'expliquera par le fait que les joueurs de tennis sont vraiment fair-play (de l'anglais "fair", qui signifie "juste"). Les arbitres semblent savoir que les joueurs ont le souci de respecter les règles et de gagner sans tricher. Ils cherchent la performance et non pas la victoire. Et quand on gagne selon les règles, on est fort. Au contraire, y a un genre de mauvaise foi et de tricherie perpétuelle au football : les arbitres savent que les joueurs ne feront rien d'autre que de défendre leur intérêt particulier, même si les règles leur sont contraires. Malgré les grandes déclarations, aucun joueur de football n'est fair play : il faut les voir se tordre de douleur, simplement parce qu'un joueur adverse les a frôlés. On dirait que les joueurs de football tentent leur chance à chaque fois, comme des gamins, sans jamais se sentir responsables des règles du jeu, qu'ils abandonnent à l'arbitre, ce qui ne les empêche pas de le contester perpétuellement. C'est peut-être pour toutes ces raisons que l'Italie est championne du monde...

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