vendredi 3 septembre 2010

Roms: ONU soit qui mal y pense

On s'insurge volontiers lorsque des chefs d'Etats ignorent ou méprisent les décisions et résolutions de l'ONU. Lorsque "Doubeule You" attaque l'Irak contre l'avis du conseil de sécurité; lorsque Mahmoud Ahmadinejad déclare que les sanctions de l'ONU contre l'Iran et son programme nucléaire sont "bonnes pour la poubelle". Pourquoi? Parce qu'on a le sentiment, voire la juste conviction que l'ONU, quels que soient ses défauts, a le mérite d'exister en tant qu'institution internationale propre à assurer la paix ou du moins, le dialogue entre les différents pays. Quand on agit sous l'autorité et au nom de l'ONU, on est légitime. Pourquoi? Parce qu'il s'agit de l'assemblée des nations. Se conformer à résolution de l'ONU, c'est respecter la décision de cette assemblée dont on fait soi-même partie - en tant que pays.

L'attitude donc, qui consiste pour un pays ou un chef d'Etat à agir en ignorant ou en exprimant son mépris à l'égard de cette institution, nous paraît rétrograde. C'est un peu comme si un hors-la-loi prétendait qu'il désobéit à la loi pour la simple raison qu'il ne reconnaît pas son autorité et sa légitimité. Pourtant c'est mieux que rien. Avant l'existence d'institutions et d'instances internationales, chaque Etat, chaque pays était maître de ses décisions et de sa politique, aussi bien intérieure qu'extérieure. Si on n'était pas d'accord avec le sort que la loi d'un pays réservait aux femmes ou aux enfants, on ne pouvait que le regretter. Et si l'on était contre l'invasion d'un Etat par un autre, on n'avait d'autre moyen que la force militaire pour l'empêcher. Pourquoi? Parce qu'aucune voix ou autorité située au-dessus des différents Etats n'existait pour dire ce qui était bon ou mauvais, juste ou injuste, pour tout le monde. Le grand tournant de l'Histoire est sans doute le procès des chefs nazis à Nüremberg. On s'est dit: "là, il y a quelque chose qui a été fait et qu'on ne peut accepter; qu'il faut se donner les moyens d'empêcher, parce que c'est mal pour tout homme, quel que soit son pays". En bref, on a découvert que le meilleur moyen d'empêcher les uns ou les autres de faire n'importe quoi, c'était de mettre en place une autorité située plus ou moins au-dessus des différents Etats.
Conséquences? les pays quis e prétendent plus ou moins démocratiques se doivent de reconnaître l'autorité et la justesse des décisions de l'ONU. Et ceux qui s'y refusent, comme l'Iran ou la Chine, peuvent paraître, aux yeux de nombreuses nations, comme s'excluant carrément de ce processus par lequel on tente d'instaurer la paix.

La République Française, membre du club très fermé du conseil de sécurité de l'ONU, a l'habitude de se référer à l'ONU comme à une institution repère de ce qu'il faut faire ou ne pas faire. Ici, on juge de l'autoritarisme du régime Iranien à la mesure de son mépris de l'ONU - "bonnes pour la poubelle". En ce sens, un groupe du Sénat chargé de réfléchir sur le tibet déclare volontiers que l'une des mesures propres à améliorer la situation du peuple tibétain consisterait à "Contribuer à dégager une majorité à la Commission des droits de l'homme de l'ONU pour évoquer sérieusement la situation au Tibet." Là encore, on en appelle donc à l'ONU et on semble bien penser qu'elle est l'instance légitime, pertinente et efficace, lorsqu'il s'agit de faire changer la politique d'un pays- en l'occurence, la Chine.

Alors, comment ces responsables politiques, gouvernants français, etc. peuvent-ils dénoncer comme "caricatural" et "excessif" un rapport de l'ONU sur les discriminations de la France dans sa politique vis-à-vis des Roms? "Caricatural" ou "bon à jeter à la poubelle"; c'est pareil! On peut donc bien s'indigner du mépris ou de l'ignorance que certains chefs d'Etats manifestent à l'égard de l'ONU, on peut remarquer qu'on agit exactement de la même manière quand on est certain de son bon droit. Mais justement, l'ONU a été mis en place pour que l'idée de son bon droit ne soit plus abandonné aux chefs d'Etats, mais défini de manière majoritaire voire unanime, par tous les pays, en même temps. Ainsi, on remarque qu'il faudra encore faire beaucoup d'efforts pour que les pays reconnaissent le bien fondé du droit international propre à garantir la paix. Y compris en France, où l'on en vient facilement à avoir la conviction d'avoir raison contre tous, ni plus ni moins que le Président iranien. Que peut-on lui reprocher si on fait la même chose?

"La nature pousse les Etats...à sortir de de l'absence de loi propre aux sauvages pour entrer dans une Société des Nations dans laquelle chaque Etat, même le plus petit, pourrait attendre sa sécurité et ses droits, non de sa propre force ou de sa propre appréciation du droit, mais uniquement de cette Société des Nations, c'est-à-dire d'une force unie et de la décision légale de la volonté unifiée".


Emmanuel KANT, 1784.

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