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jeudi 20 mai 2010

Chronophage

Chronophage adj. qualifie une activité vaine qui fait perdre beaucoup de temps qui pourrait être consacré à autre chose

Chronophage est un mot qu'existe pas (et qu'on utilise quand même) qui appartient à une catégorie somme toute assez rare : celle des mots qui mériteraient d'exister, car il n'en existe aucun pour désigner la même chose. Rappelons que les deux classes les plus courantes de mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) sont d'une part les mots qui ne servent à rien parce qu'il y en a un autre qu'existe et qui veut dire la même chose (on pensera notamment à inatteignable, inhomogénéité ou encore solutionner), d'autre part les mots dérivés de mots qu'existent mais qui sont trop compliqués à utiliser, du coup on les simplifie, quitte à passer pour un témoin d'une émission de Jean-Luc Delarue (parmi lesquels les verbes croiver, soyer ou taitre), et enfin les anglicismes abominablement francisés chers aux gestionnaires de projets en mal de reconnaissance, comme ouorquepaquaige ou délivrable. Les trois classes les plus courantes ! Les trois classes les plus courantes de mots qu'existent pas sont les mots qui servent à rien, ceux qui remplacent un mot qu'existe et qu'est trop difficile à utiliser, les anglicismes des gestionnaires de projet, et les mots que les journaleux s'approprient d'un seul coup comme un seul homme comme s'ils les connaissaient depuis toujours et restituent tant bien que mal parce que c'est la mode, comme seupraïme ou chainnainain. Les quatre classes les plus courantes... non... parmi les classes les plus courantes de mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même), on retrouve ceux qui servent à rien, ceux qu'en remplacent un trop compliqué, les anglicismes à la con, et les modes journaleuses. Et les dérivations de marque comme gougueuliser ou stabiloter. Et crotte ...!

La preuve est faite, l'établissement d'une classification des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) est une activité aussi chronophage que l'établissement de la liste des armes de l'inquisition espagnole.


vendredi 30 octobre 2009

Aéropage

Aéropage n.m. : lit volant

Ainsi qu'omnibuller, aéropage appartient à une catégorie bien particulière du dictionnaire des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) : celle des mots qui font immanquablement partie de l'arsenal lexical des besogneux qui cherchent à parler plus haut que leur Robert. Parce qu'il ont ouï l'une ou l'autre fois quelque mot de plus de trois syllabes, dont ils ont vaguement entendu le sens grâce au contexte, il ne peuvent s'empêcher de tenter de le recaser au détour de toutes les conversations dans lesquelles ils espèrent briller. Par exemple quand ils sont interrogés par Jean-Luc Delarue sur le plateau d'une émission de télévision.

Malheureusement, entendre une fois un mot de plus de trois syllabes, même si l'on a à peu près compris ce qu'il signifie, n'implique pas que l'on soit apte à le restituer correctement. Ainsi, lorsqu'un pédant occasionnel mais limité veut se la péter en parlant d'un groupe de gens, il n'est pas rare de l'entendre désigner ledit groupe sous le nom d'aéropage. Alors que non. Il suffit de jeter un coup d'œil furtif dans le premier dictionnaire étymologique venu pour se rendre compte que si le mot tire son nom d'un tribunal qui se tenait sur la colline d'Arès, il est quand même plus raisonnable de parler d'aréopage. Ça marche aussi à l'écrit, 53100 réponses sur Google pour aéropage, 110000 pour aréopage. La minceur de l'écart fait frémir.

Il serait amusant de réaliser une étude statistique pour déterminer quelle proportion des gens qui utilisent le mot aéropage ont coutume de prendre l'avion à l'aréoport...