mardi 2 juillet 2013

Le Dico à la radio !

Ces dernières semaines, nous avons amoureusement remodelé et ciselé tout plein de définitions du Dico des mots qui n'existent pas, sur lesquelles Gilles a plaqué sa suave et malicieuse voix.

 
Le résultat est diffusé pendant tout l'été sur le Mouv', et on peut aussi le réécouter sur le site web de la radio : http://www.lemouv.fr/evenement-le-dico-des-mots-qui-n-existent-pas.
 
Pour la première livraison : "Re", "Aujourd'aujourd'hui", "Capillotracter", "Célibattante", "Consom'acteur" et "Dabiste".

lundi 17 juin 2013

Bobber

Le verbe bobber n'existe pas encore, d'autant plus qu'on l'utilise pour le moment assez peu. Mais il y a fort à parier que, sur ce dernier point, les choses devraient évoluer assez rapidement, du moins en Belgique.
 
Si les français savent à peine qui est Sam, celui qui, depuis 2005, peut raccompagner en voiture ses amis ivres morts étant donné qu'il n'a pas bu, les belges connaissent en revanche fort bien son grand frère Bob (ou sa jumelle Bobette) qui se charge sobrement de ramener à bon port ceux qui ont un peu trop forcé sur la Jupiler (parce qu'on ne fait pas guinze avec des bières spéciales) aux soirées chapiteau. Considérant toutefois que le succès de la campagne de Bob commence à s'essouffler quelque peu, l'Institut Belge de la Sécurité Routière a décidé récemment de lui redonner un petit coup de jeune en incitant les fêtards à bobber. Bobber, c'est penser dès le début de la soirée à désigner celui qui tournera au jus d'orange plutôt que d'attendre le troisième ou le quatrième verre pour se demander qui est le moins saoul et ferait bien d'arrêter là.
 
On peut se demander pourquoi bobber plutôt que bober.  Quelle est l'origine de ce superfétatoire dédoublement du B central ? La plupart des verbes courants se terminant en -ober ne prennent en effet qu'un unique B : dérober, englober, gober, lober, snober... Alors pourquoi ?
 
Un bobber est une moto qu'on a nettoyée d'un certain nombre de ses accessoires dans un souci d'esthétique minimaliste. Un genre de tuning inversé. C'est intéressant, mais on ne voit pas pourquoi l'IBSR aurait décidé dans son élan néologisateur de rendre hommage aux motocyclistes ascètes par ce B surnuméraire. On doit donc être tenté de penser que l'intention est d'éviter une possible confusion avec un éventuel verbe bober qui, lui ne prendrait qu'un unique et suffisant B. Point de trace pourtant dans le Robert, ni même dans le Littré, d'un tel verbe. Ce qui s'en rapproche le plus est chez celui-là le bobard et chez celui-ci la bobèche. On tient peut-être là un début d'explication, "bobèche" désignant chez Littré un niais ou un sot (ou, de nos jours, sans doute, un bolosse, mais de bolosse il n'y avait point à l'époque de Littré).  Si l'on fouille chez Godefroy, un autre lexicographe contemporain de Littré, on trouve tout de même trace du fameux verbe bober. Avec un seul B. Il signifie "tromper", "se jouer de". Le chef du service "néologismes" de l'IBSR ne devait sans doute pas l'ignorer, et ne souhaitait probablement pas que l'on put traiter un Bob de bolosse, et encore moins qu'on le put suspecter de duperie. Semble-t-il. C'est pourquoi, manifestement, il décida de doubler le B de bobber. Ou alors il a trouvé que c'était plus joli.

samedi 1 juin 2013

Le Dico à Rouen

Rencontre le samedi 8 juin, à partir de 15h30, à la libraire l'Armitière à Rouen.


Venez nombreux, entre deux visites de bateaux à l'Armada !

mercredi 29 mai 2013

Sexto

Sexto  n. m.  de "texto" : bref message écrit entre téléphones portables (Le Robert) et de "sexe" : sexe ; poulet* aux hormones.
 
Ce matin sur Le Mouv', alors que Thibaut de Saint Maurice évoquait les nouveaux mots du Robert à grand renfort de Benveniste et d'Aristote, Amaëlle Guiton se déclarait déçue que le mot sexto n'y ait pas fait son apparition. Qu'elle se rassure, le Dico des mots qui n'existent pas et qu'on utilise quand même est là pour combler le vide.
 
Un sexto est donc un SMS à caractère plus ou moins coquinou qu'on envoie à son(sa) che(è)r(e) et tendre(pas besoin de parenthèse ici, ouf) pour l'émoustiller un peu, un genre de billet doux numérique un peu osé, qui grâce à la 3G, à la 4G ou bientôt à la 5G, va savoir, peut même être enrichi d'une photo voire d'une vidéo. On ne mettra jamais assez en garde les gens contre l'utilisation irréfléchie du sexto, qu'il vaut mieux éviter d'envoyer à des gens à qui l'on n'est pas absolument certain de pouvoir faire confiance ad vitam aeternam, car parfois l'indélicatesse de certains peut déclencher des rumeurs dont on se passerait volontiers, voire pire. Après, vous faites bien comme vous voulez, hein...
 
* Poulet : Billet de galanterie (Le Littré)

mardi 28 mai 2013

Les nouveaux mots de Robert


C'est aujourd'aujourd'hui même que Le Robert et Alain Rey ont fait savoir quels étaient les nouveaux mots qui auraient l'honneur d'exister dès la parution de la nouvelle édition du Robert 2014. Pour le Dico des mots qui n'existent pas et qu'on utilise quand même, le constat est sans appel : certains de nos mots devront être sortis d'une éventuelle prochaine édition, puisqu'ils ont été retenus dans cette dernière fournée. Cela n'a rien de surprenant, car ainsi que nous l'annoncions dans notre Dico, la validité de la présence d'un mot dans un tel ouvrage risque  d'être éphémère, car il est possible que son usage se répandant de plus en plus, il finisse par être considéré par les lexicographes officiels qui, pour peu que son étymologie soit un minimum convaincante, l’intégreront dans les dictionnaires des mots qui existent.
 
C'est ce qui est arrivé, notamment, à droit-de-l'hommiste ainsi qu'à conspirationniste. Notre lowcostisation a eu chaud, le Robert n'ayant retenu que low-cost, et Alain Rey a adoubé le verbe dédiaboliser là où nous avions préféré le substantif dédiabolisation. L'adjectif traçable faisait partie de notre short-list pour une actualisation, Alain Rey nous a devancé. Tant pis.
 
Quoi qu'il en soit, nous continuons notre quête inlassablement. N'hésitez pas à nous suggérer des mots, sur ce blog ou sur notre page Facebook.

je révise mon bac ou je regarde Roland-Garros?



Réviser ses examens ou regarder Roland-Garros: que faut-il faire?

La réponse de Platon dans la chronique philo façon de penser sur  le Mouv

mercredi 1 mai 2013

Panthéonisable

« Mais les panthéonisables, comme toujours, se bousculent au portillon. »  Le Monde, le 20/04/2013.

On est panthéonisable quand on est pressenti pour entrer au panthéon, de même qu’on est oscarisable quand on est pressenti pour recevoir un oscar. « Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège », s’écriait un Malraux inspiré en 1964 à l’occasion du transfert des cendres du résistant au Panthéon. Depuis lors, peu l’ont rejoint. Neuf à peine, dont Malraux lui-même 32 ans plus tard, et Alexandre Dumas, le dernier en date, en 2002.
On voit donc que, s’il y a sans doute plus de panthéonisables que de premier-ministrables, il y a moins de panthéonisés que de premiers ministres (le score pour la Cinquième République, à ce jour, n’est que de 10 à 19, autant parler de raclée), et on comprendra donc que si le lexicographe n’a pas encore jugé bon de s’encombrer d’une définition de premier-ministrable, on risque d’attendre encore un peu avant qu’il ne reconnaisse l’existence de l’adjectif panthéonisable. Ce qui est dommage, d’une part parce que quand on est panthéonisable, on le reste généralement assez longtemps, alors que quand on est premier-ministrable c’est souvent éphémère, et d’autre part parce que le mot revient assez bien à la mode en ce moment.
Oui, parce que Dumas, c’était en 2002, et ça commence à faire suffisamment long pour que l’on recommence à se demander s’il ne serait pas opportun de déplacer à nouveau un illustre cadavre ou deux pour leur rendre un hommage national. Les noms de Diderot et de Michelet circulent, ainsi que ceux de résistants comme Pierre Brossolette ou Stéphane Hessel qui pourraient tenir compagnie à Jean Moulin. Quelques femmes aussi sont panthéonisables, et certains voudraient rétablir une certaine parité là où pour le moment on n’en compte que 2 sur 71. Olympe de Gouges et Louise Michel semblent tenir la corde, mais George Sand et Madame du Châtelet reviennent du diable vauvert et pourraient créer la surprise.

mardi 16 avril 2013

Swag

Lorsque le Dico des mots qui n'existent pas et qu'on utilise quand même lui fut offert sur le plateau du Grand Journal, Nabilla a instantanément souhaité savoir si le mot swag y figurait. L'immense déception qu'elle afficha lorsqu'il lui fut répondu que non incite évidemment à combler la lacune.
Le mot swag se répand en effet manifestement assez rapidement aujourd'aujourd'hui, sans qu'on comprenne bien ce qu'il signifie. Ce qui semble certain, c'est que si l'on ne comprend pas le mot swag, on n'est pas cool. De manière corollaire, si l'on est suffisamment ringard pour continuer à utiliser le mot cool, on n'est définitivement pas swag.
On comprendra que dire qu'on est cool à l'époque du swag, c'est comme dire qu'on est chébran à l'époque où on doit être cablé (on se souviendra de la leçon de langage djeun's donnée à Yves Mourousi par François Miterrand, surtout si l'on est assez vieux pour préférer dire cool plutôt que swag). On comprendra surtout que ce mot ne sert pas à grand chose, sinon à signifier qu'on est de son temps.
Qui donc est swag ? En googlisant une recherche d'images sur le mot swag, il semble rapidement évident que Justin Bieber EST swag. D'où vient le mot swag ? Certains détracteurs du mot comme du style swag laissent entendre qu'il s'agirait de l'acronyme de Secretely We Are Gay, ce qui pourrait passer pour un tantinet homophobe. D'autres explications oiseuses pullulent sur le net, on ne s'en fera pas l'écho car elles n'apportent pas grand chose.
Pour comprendre le mot swag, mieux vaut en fait ouvrir son dictionnaire d'anglais ou son théâtre complet de Shakespeare dans le texte. Dans le Songe d'une nuit d'été, Acte III Scène I, Puck dit en effet :

What hempen home-spuns have we swaggering here,
So near the cradle of the fairy queen?
Qu'on trouve traduit par :
Quels sont ces rustiques personnages qui font ici les fanfarons,
Si près du lit de la reine des fées ?

Le dictionnaire confirme cette traduction, et le verbe to swagger signifie donc crâner, se donner un air important, se pavaner, bref se la pêter. Quand on se revendique swag, par conséquent, on reconnait être un rodomont et péter plus haut que son cul. Rien de bien reluisant, donc. Personnellement je préfère rester cool, même si c'est ringard.

lundi 15 avril 2013

Bashing

n.m. - 2003, de l'anglais "to bash", cogner, tabasser.

Lynchage médiatique. 


L'express titre "Monsieur faible" et Le Point demande: "Pépère est-il à la hauteur?" La mode est donc au "Hollande bashing" comme on dit, une expression peut-être inventée par Franz-Olivier Giesbert en septembre 2012 : "Contre Hollande, c'est un procès en immobilisme qui est instruit aujourd'hui par la presse, y compris par les journaux de gauche".  

Alors, pourquoi parler de "bashing", et pourquoi maintenant? 

Après tout, la presse n'a pas été plus tendre avec Nicolas Sarkozy, sans qu'on parle pour autant de "bashing" - alors qu'on aurait pu. D'ailleurs, comme le montre assez bien un pas mauvais article de Télérama, le lynchage ou la critique des politiques par les médias ne datent pas d'hier : Léon Blum a été la cible de la presse antisémite sous Vichy, et on peut sans doute remonter à la loi de 1881 sur la liberté d'expression - la même qui interdit d'afficher - pour trouver les origines du "bashing". En fait, on pourrait même remonter encore plus loin, avec les fameuses caricatures de Louis-Philippe en forme de poire (1838). 



Le terme paraît donc un peu inapproprié: d'abord, parce que l'anglicisme laisse croire à une nouveauté, alors qu'il s'agit d'une tradition bien française. Ensuite, parce que le "bashing" a quelque chose d'exagéré, d'excessif ou d'injuste, alors qu'après tout, c'est plutôt le jeu dans une démocratie ou existe une presse libre. Est-ce qu'on préfèrerait vivre en Corée du Nord, où les médias se contentent de relayer la propagande du parti unique?  

Alors, peut-être que la "bashing" se réfère plus ou moins à la presse anglo-saxonne, assez réputée pour ses
"tabloïd" qui n'ont jamais la dent assez dure pour taper sur tout ce qui bouge, manière de dénoncer les "dérives" de la presse "normale" qui tomberait un peu dans les insultes gratuites dans le seul but de vendre plus de numéros - ce qui n'est pas à exclure.

Peut-être, aussi, que cette "réactualisation" du mot pour désigner ce qui n'est après tout que la "satire politique", vient du monde des jeux vidéos, où l'on pratique le "monster bashing" qui consiste à tuer le maximum d'ennemi dans le minimum de temps - bref, de faire un "shout them up".

Mais bien sûr, le terme "bashing" vient plus certainement du douloureux "french bashing" de la presse américaine, quand la France avait refusé de suivre les Etats-Unis dans la guerre en Irak. Du coup, à partir de mars 2003, la France et les français s'en prenaient plein les dents pour avoir manqué de reconnaissance envers les GI's qui avaient libéré le pays en 1945. Avec un épisode fameux: les frites avaient été débaptisées "french fries" pour prendre le nom de "freedom fries" (les frites de la liberté). On notera d'ailleurs que les américains, si sensibles au parjure et aux mensonges lorsqu'il s'agit de la sexualité d'un Président au cours du "Monicagate", n'ont pas l'air de condamner des mensonges bien plus dangereux, comme celui de Colin Powel qui a menti sur l'histoire d'armes de destruction massive présentes en Irak, pour lancer une guerre. Manifestement, le "french bashing" a d'ailleurs été réveillé en 2011, quand la France s'est à l'inverse engagée dans la guerre en Libye.      

C'est donc en souvenir, ou plutôt, à cause du traumatisme du "french bashing" que le lynchage médiatique est désormais désigné par cet anglicisme. Alors, si on trouve injuste la manière dont nous traitent les américains, on peut effectivement se demander si le "bashing" en général, n'a pas toujours quelque chose d'excessif.    

vendredi 12 avril 2013