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mercredi 1 mai 2013

Panthéonisable

« Mais les panthéonisables, comme toujours, se bousculent au portillon. »  Le Monde, le 20/04/2013.

On est panthéonisable quand on est pressenti pour entrer au panthéon, de même qu’on est oscarisable quand on est pressenti pour recevoir un oscar. « Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège », s’écriait un Malraux inspiré en 1964 à l’occasion du transfert des cendres du résistant au Panthéon. Depuis lors, peu l’ont rejoint. Neuf à peine, dont Malraux lui-même 32 ans plus tard, et Alexandre Dumas, le dernier en date, en 2002.
On voit donc que, s’il y a sans doute plus de panthéonisables que de premier-ministrables, il y a moins de panthéonisés que de premiers ministres (le score pour la Cinquième République, à ce jour, n’est que de 10 à 19, autant parler de raclée), et on comprendra donc que si le lexicographe n’a pas encore jugé bon de s’encombrer d’une définition de premier-ministrable, on risque d’attendre encore un peu avant qu’il ne reconnaisse l’existence de l’adjectif panthéonisable. Ce qui est dommage, d’une part parce que quand on est panthéonisable, on le reste généralement assez longtemps, alors que quand on est premier-ministrable c’est souvent éphémère, et d’autre part parce que le mot revient assez bien à la mode en ce moment.
Oui, parce que Dumas, c’était en 2002, et ça commence à faire suffisamment long pour que l’on recommence à se demander s’il ne serait pas opportun de déplacer à nouveau un illustre cadavre ou deux pour leur rendre un hommage national. Les noms de Diderot et de Michelet circulent, ainsi que ceux de résistants comme Pierre Brossolette ou Stéphane Hessel qui pourraient tenir compagnie à Jean Moulin. Quelques femmes aussi sont panthéonisables, et certains voudraient rétablir une certaine parité là où pour le moment on n’en compte que 2 sur 71. Olympe de Gouges et Louise Michel semblent tenir la corde, mais George Sand et Madame du Châtelet reviennent du diable vauvert et pourraient créer la surprise.

lundi 8 novembre 2010

Premier-ministrable

adj.- 2010; de primus "premier" et minister "serviteur". Susceptible de devenir premier ministre.

Notons que l'adjectif "ministrable" existe déjà. Pourquoi pas "premier ministrable"? C'est sans doute qu'on qu'on a moins l'occasion de se poser la question de savoir: "mais qui est donc susceptible de devenir premier ministre?" D'abord, parce qu'on renouvelle moins souvent le premier ministre que les autres membres du gouvernement - c'est quand même le dernier fusible à faire sauter. Ensuite, parce que, comme son nom l'indique, il n'y a qu'un seul premier ministre, tandis qu'il y a un nombre indéfini de ministres et on peut même inventer des portefeuilles nouveaux comme "de l'immigration". Enfin, si beaucoup de gens peuvent bien être "ministrables", c'est que cela ne demande pas d'aptitudes particulières, apparemment. Lors d'un "remaniement", les uns et les autres s'échangent leurs portefeuilles, ce qui signifie bien qu'aucun n'avait de vocation particulière à exercer la fonction qui était la sienne.

Quant au Premier ministre, il est nommé par le Président de la République. Un Premier-ministrable est donc quelqu'un auquel on estime - "on" désignant les journaleux - que le Président de la République peut penser; quelqu'un dont le Président peut évoquer le nom, une fois; auquel il peut rêver en se rasant. Mais au fond, on découvre que si le Premier ministre est nommé par le Président, le premier-ministrable est quant à lui nommé par les journalistes. C'est celui dont ils veulent parler, qu'ils verraient bien à Matignon, sans avoir demandé son avis à personne. Et ce, jusqu'à ce qu'un autre soit évidemment nommé premier-ministre ou que personne ne le soit. En attendant, on a bien rigolé avec le premier-ministrable qui peut donc être n'importe qui,




mais vraiment, n'importe qui...