lundi 9 novembre 2009

Dédicace à la FNAC de Limoges


Samedi 14 novembre A partir de 15 heures (et sans doute jusqu'à 19 heures)
C'est Limoges...mais c'est la fnac! Si vous êtes dans le coin, ou plutôt dans le centre (on ne sait jamais), n'hésitez pas!


FNAC

8, rue Combes
87000 LIMOGES

Après y a toujours Lorie qui dédicace le samedi suivant, si vous préférez mieux...



samedi 7 novembre 2009

Lévi-Strauss (1908-2009) n’était donc pas seulement une marque de jeans !

Bien que la mort de Lévi-Strauss ait fait moins de bruit que celle de Mickael Jackson, on admettra qu'elle a quand même suscité bien plus de commentaires que celle de Filip Nikolic, chanteur des 2be3 (en même temps…). Mieux encore, elle a donné lieu à plus d’émissions spéciales que la mort de Thierry Gilardi, à laquelle, tout compte fait, seul le Grand Journal de Canal+ a cru bon de consacrer une émission entière, en repassant « les meilleurs commentaires de matchs de Thierry ». Quoiqu’il en soit, les différents hommages médiatiques auront au moins permis d’apprendre que Lévi-Strauss n’est pas seulement une marque de jeans, contrairement à ce que pensaient la plupart des gens avant la mort de l’ethnologue.
Alors, c’est qui ce Lévi-Strauss que tous les journalistes ont qualifié de « dernier géant de la pensée du xxème siècle » ? Et c’est quoi ce « structuralisme » auquel on a tant fait référence ?

§1. Sommes-nous libres ? On aura sans doute entendu dire que Lévi-Strauss était au cœur des grands débats intellectuels du xxème siècle, comme il n’en existe plus aujourd’hui. Jean-Paul Sartre, en particulier, s’opposait au courant « structuraliste » auquel appartenait Lévi-Strauss. Pourquoi ? Parce que Sartre soutient l’idée selon laquelle chaque homme est libre et responsable de ses actes. Une affirmation qui permet de mettre en défaut tous ceux qui cherchent à excuser leurs crimes en prétendant avoir obéi aux ordres ou aux lois, comme les nazis ou les collaborateurs de la France de Vichy. D’ailleurs, chacun d’entre nous a bien le sentiment d’être libre: le cours de ma vie est le résultat des choix tout à fait personnels que je fais et qui ne regardent que moi : on choisit telle filière au lycée, on s’oriente vers tel métier ; on tombe amoureux de telle fille « parce que c’était elle, parce que c’était moi ». Et si l’on peut se plaindre d’avoir à obéir à la morale ou aux lois, on croit savoir pourquoi : c’est mal de tuer, les hommes doivent être libres et égaux, etc.

§2. Mais si l’on gratte un peu, on se rend compte que la plupart de nos opinions nous viennent d’on-ne-sait-où; on ne sait pas trop pourquoi on pense ce qu’on pense. On nous a toujours appris qu’il fallait faire ceci et ne pas faire cela, mais au fond, on ne sait pas bien pourquoi ça c’est bien et ça c’est mal. Alors, on obéit, simplement parce que c’est la règle. Ainsi, on semble moins libre qu’on ne le croyait d’abord, en découvrant que nous nous contentons de nous conformer à des conventions sociales sur lesquelles on ne s’est jamais vraiment interrogé (1). Et le sociologue finit par nous apprendre que les grandes décisions de notre vie qui nous paraissaient si intimes et si personnelles, correspondent à une norme statistique. Il y a des saisons pendant lesquelles « on » fait des enfants, d’autres pendant lesquelles « on » se marie ; et les fils d’ouvriers s’orientent vers certains métiers différents ces enfants de classe moyenne. Même le suicide qui pourrait apparaître comme l’acte le plus inexplicable, semble pouvoir s’expliquer par des causes sociales (2).

§3. Ainsi, les sciences humaines du xxème siècle tendent à montrer qu’on est le produit d’une société . C’est d’abord ce que signifie la « structure » du structuralisme : nous ne sommes pas des individus, des "atomes" indépendants les uns des autres, dont le comportement de chacun pourrait s’expliquer par lui-même. Nous sommes chacun les éléments d’un système social, d’une structure qui définissent nos pensées et nos actes. En fait, nous nous croyons libres un peu comme si chaque rouage d’une horloge croyait se mouvoir et tourner par lui-même parce qu’il le veut (3), alors qu’il est mis en mouvement par un autre rouage, lui-même mis en mouvement par un autre, etc. Et les mouvements de tous ces rouages s’expliquent à partir de l’ensemble auquel ils appartiennent, à savoir l’horloge. Du coup, si l’on veut comprendre pourquoi tel rouage de l’horloge est placé ici plutôt que là, et tourne dans un sens plutôt que dans un autre, il faut partir de l’ensemble du système ; autrement dit, savoir comment et pourquoi une horloge fonctionne. Il serait bien idiot celui qui se demanderait simplement : « qu’est-ce qui lui prend à c't engrenage ? Pourquoi a-t-il décidé de tourner ? »

§4. C’est ainsi que Lévi-Strauss entend faire de l'ethnologie. Qu’est-ce que l’ethnologie ? C’est l’étude de la culture ou plutôt, des cultures propres à chaque société. En général, les ethnologues sont plutôt des scientifiques du monde occidental ou « développé » qui étudient la culture de sociétés différentes de la leur, et notamment celles qu’on dit « primitives ». D’ailleurs, ce sont surtout les tribus Indiennes d’Amérique que Lévi-Strauss a étudiées, aussi bien dans ses voyages que dans ses livres. Des sociétés qu’on imagine « moins développées » que la nôtre: ignorantes, alors que nous disposons du savoir scientifique; qui pratiquent la magie, alors que nous pratiquons la médecine; vivant nus dans la forêt, alors que nous vivons habillés en ville.

§5. Quant au « structuralisme », c’est la méthode utilisée et revendiquée par Lévi-Strauss pour étudier ces sociétés afin d’éviter les erreurs ou les échecs de ses prédécesseurs comme Boas ou Malinowski. Pour faire court, deux obstacles se présentent à l’ethnologue : d’abord, le risque d’expliquer l’esprit et les coutumes d’une société différente de la sienne, à partir de la culture de sa propre société. En bref, l'ehnologue a tendance à transposer les valeurs de sa propre culture pour en comprendre une autre, si bien qu’il n’y comprend rien et fausse tout (Malinowski). Ensuite, quand bien même on voudrait éviter ces préjugés, il paraît impossible de comprendre une société qui n’est pas la sienne, dans la mesure où cela demande de connaître tous les éléments qui la composent (religion, mœurs, lois, etc.), d’en dégager le pourquoi, la raison d’être, ce qui suppose de retracer l’histoire de cette société. Tache infinie et d’autant plus dure quand il s’agit d’une société sans écrit (Boas). Quelle est donc la solution du « géant » Lévi-Strauss ?

§6. Pour le comprendre, il faut remonter aux influences que l’ethnologue avoue lui-même avoir subies, à commencer par celle de la psychanalyse de Freud. En effet, elle nous montre que certains de nos actes ou de nos pensées s’expliquent par notre Inconscient, que chacun peut apercevoir dans ses rêves. Parfois, nos rêves nous paraissent dénués de sens : « pourquoi ai-je donc rêvé que je faisais l’amour avec Nicolas Sarkozy ? » N’importe quoi ! Ou encore, pourquoi ai-je oublié mes clés chez cette jeune femme ? Freud nous dit que tout cela n’est pas dénué de sens, mais manifeste des pensées ou des désirs inconscients, c’est-à-dire qu’on ignore soi-même. Ainsi, Lévi-Strauss définit l’ethnologie de la même manière : elle a pour but de retrouver les raisons inconscientes qui expliquent les différents éléments d'une culture. Mais ces raisons ne sont pas à trouver dans l’Inconscient de chaque individu !

§7. Pour Lévi-Strauss, les raisons inconscientes qui expliquent les croyances et pratiques des différentes sociétés se présentent sous la forme de structures, que l'ethnologue se propose de découvrir et de révéler. Cette idée lui a été inspirée par la linguistique contemporaine, qui est parvenue à montrer que derrière la diversité des langues, il y avait en fait des structures ou logiques du langage qui sont à peu près les mêmes. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’y a pas une infinité de manières de produire des sons et de les articuler entre eux. C’est ainsi que les problèmes de l’ethnologie semblent réglés : plutôt que de chercher à décrire et à connaître toutes les cultures humaines pour faire une impossible revue de ce que peut être une société humaine, on cherchera les structures communes inconscientes qui se retrouvent dans toutes les cultures, qu’on les disent primitives ou développées.

Conclusion ? On peut rejeter le structuralisme parce qu’il remet en cause l’idée selon laquelle l’homme est libre. Pour une science humaine, chaque individu semble être le jouet, l’élément de structures sociales qui lui échappent, tout comme le français qui parle utilise des mots qu’il n’a pas choisis. Mais, comme on l’a entendu dire à la télé, l’œuvre de Lévi-Strauss permet de remettre en cause aussi et surtout, toute pensée raciste, xénophobe et toute idée que les cultures différentes de la mienne sont inhumaines, sous-développées, etc. Si les structures sont toujours les mêmes, c’est bien qu’une seule humanité s’organise partout et toujours à travers toutes les sociétés quelle qu’elle soit. L’autre, quelles que soient ses différences, est toujours mon semblable. Cette idée, on la trouvera particulièrement bien exprimée dans le texte sans doute le plus court, le plus important et en même temps, le plus facile à lire de Lévi-Strauss : Race et Histoire. Commencez donc par lire ça, avant de vous lancer dans Tristes Tropiques ou les deux volumes de l’anthropologie structurale.

(1) On en parle un peu plus dans le Comment ai-je pu croire au Père Noël?, ch 4.

(2) Voir l'étude d'Emile Durkheim, un des pères de la sociologie, auquel Lévi-Strauss se réfère volontier, dans Le suicide, "Quadrige", PUF, 1995.

(3) Cette idée d'une illusion de la liberté est une thèse bien montrée et connue chez Spinoza, sauf qu'il parle d'une pierre, plutôt que des rouages d'une horloge. Voir notamment "Lettre LVIII" (à Schuller), in Spinoza, Oeuvres 4, GF-Flammarion, 1966.

jeudi 5 novembre 2009

Hunhans

Hunhans n.m.pl. 365 jours depuis le début

Lorsqu'un évènement s'est produit il y a cent ans, on fête son centenaire. Lorsqu'un évènement s'est produit dix fois plus récemment, on fête ses dix ans. Lorsqu'un évènement s'est produit il y a deux ans, on fête... ses deux ans. Lorsqu'un évènement s'est produit il y a 365 jours, on fête son premier anniversaire. Ou ses hunhans. Hier par exemple, les journalistes n'ont pas manqué de célébrer les hunhans de l'élection de Barack Obama. Ils auraient pu parler du premier anniversaire de l'évènement, mais non, ils ont bien parlé de ses hunhans. Ses un an, ça ne fonctionne pas, parce qu'après ses il faudrait que an soit au pluriel, ses un ans non plus, parce que s'il n'y en a qu'un, il n'y a aucune raison de mettre an au pluriel, son un an ça ferait bizarre, donc il s'agit bien des hunhans qu'il convient de fêter.

On notera qu'un mot qu'existe pas (et qu'on utilise quand même) construit sur le même principe est tombé en désuétude. Il n'était pas rare au siècle dernier d'entendre quelqu'un avec qui l'on était en légère situation de dette réclamer ses hunfrans. Ce mot qu'existe pas a été supplanté par huneuros, preuve s'il en fallait de l'augmentation du coût de la vie.

Comment ai-je pu croire au Père Noël?

Disponible dans toutes les librairies

Comment être soi-même dans une soirée où l’on ne connaît personne ?
(Le moi existe-t-il ?)

Pourquoi Mamie met-elle une casquette et un pull écossais à son yorkshire ?
(Les animaux ont-ils une raison ?)

Comment ai-je pu rester si longtemps avec un mec aussi con ?
(Ne désirons-nous que des choses que nous estimons bonnes ?)

Dans cet ouvrage, nous espérons montrer que la philosophie n’a rien d’ennuyeux, elle permet de comprendre de manière simple des choses complexes, et n’est jamais éloignée de la vie quotidienne. Elle parle à tout le monde. Elle parle de chacun.


mardi 3 novembre 2009

Nirvãter

V. intr. - 2 nov. 2009; contraction mal expliquée du sanskr. nirvana "extinction", et du lat. vadere "aller".

Prendre un rendez-vous chez le médecin après avoir été guéri d'un cancer, apparemment...

"Y a pas que le moment du diagnostic qu'est dur: quand on nirvãt et qu'on pense que tout va bien et qu'on attend le verdict..." (N. Sarkozy, discours sur le plan cancer II, Marseille, 2 novembre 2009, 28'54'').

Ainsi, si l'on prend un rendez-vous chez le médecin sans jamais avoir eu de cancer, on dira: "prendre rdv chez le médecin". Si on prend un rendez-vous chez le médecin alors qu'on est encore atteint d'un cancer, on dira: "prendre rdv chez le médecin", c'est-à-dire la même chose. En revanche, si l'on a été guéri d'un cancer, on dira: "nirvãter".

La conjugaison est mal connue. Sans doute est-elle de la forme: je nirvã, tu nirvãs, il nirvãt, etc. Surtout, on ignore pourquoi il faudrait dire autre chose que "prendre un rendez-vous chez le médecin pour la seule raison qu' a été guéri d'un cancer. L'origine étymologique sanskrit nous le révèle sans doute un petit peu: le nirvãna signifiant "l'extinction". Il s'agit sans doute de l'extinction de la maladie qu'on espère ne pas voir revenir. Et c'est sûrement ça, "qu'est dur"!

vendredi 30 octobre 2009

Aéropage

Aéropage n.m. : lit volant

Ainsi qu'omnibuller, aéropage appartient à une catégorie bien particulière du dictionnaire des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) : celle des mots qui font immanquablement partie de l'arsenal lexical des besogneux qui cherchent à parler plus haut que leur Robert. Parce qu'il ont ouï l'une ou l'autre fois quelque mot de plus de trois syllabes, dont ils ont vaguement entendu le sens grâce au contexte, il ne peuvent s'empêcher de tenter de le recaser au détour de toutes les conversations dans lesquelles ils espèrent briller. Par exemple quand ils sont interrogés par Jean-Luc Delarue sur le plateau d'une émission de télévision.

Malheureusement, entendre une fois un mot de plus de trois syllabes, même si l'on a à peu près compris ce qu'il signifie, n'implique pas que l'on soit apte à le restituer correctement. Ainsi, lorsqu'un pédant occasionnel mais limité veut se la péter en parlant d'un groupe de gens, il n'est pas rare de l'entendre désigner ledit groupe sous le nom d'aéropage. Alors que non. Il suffit de jeter un coup d'œil furtif dans le premier dictionnaire étymologique venu pour se rendre compte que si le mot tire son nom d'un tribunal qui se tenait sur la colline d'Arès, il est quand même plus raisonnable de parler d'aréopage. Ça marche aussi à l'écrit, 53100 réponses sur Google pour aéropage, 110000 pour aréopage. La minceur de l'écart fait frémir.

Il serait amusant de réaliser une étude statistique pour déterminer quelle proportion des gens qui utilisent le mot aéropage ont coutume de prendre l'avion à l'aréoport...

jeudi 29 octobre 2009

café littéraire


Organisé par la librairie A LIVR'OUVERT

Le Mardi 10 novembre 2009 à 20 heures.

à la MJC Mercoeur
4 rue Mercoeur
75011 Paris

Métro ligne 9: Voltaire ou Charonne
Métro ligne 2: Philippe Auguste

mardi 22 septembre 2009

On peut être poète et cohérent, bordel !

boris_vian2C'est vrai, quoi, c'est pénible. Sous couvert de licence poétique, combien d'écrivaillons, combien de besogneux pollueurs de papier nous agacent l'entendement par leurs élucubrations incongrues et scientifiquement inacceptables. La terre est bleue comme une orange. Drogué, va ! C'est proprement insupportable. Et le plus difficile à avaler, c'est quand même les plus grands se laissent aller à de telles affligeantes facilités. Même Boris Vian, je viens de le découvrir. Boris Vian ! Le coup dur, quoi...

Lorsqu'il adapte, au demeurant de manière fort sympathique, Kisses sweeter than wine sous le titre Ses baisers me grisaient, vraisemblablement pour Juliette Gréco, ça peut se vérifier, il commet l'irréparable... En partant pour la noce avec son cheval brun il a croisé une rousse au détour du chemin, elle avait la peau fraiche et le nez retroussé, alors il l'a suivie sans même se retourner.

N'importe quoi ! Trop pas possible ! Si tu croises une rousse, c'est qu'elle arrive face à toi, puteborgne ! Par suite, pour la suivre, il te faut nécessairement te retourner. Tu ne peux pas suivre sans te retourner une rousse que tu croises. Même si elle est brune. T'es obligé de te retourner ! Ou alors, tu la suis à reculons, mais c'est quand même super pas crédible. Surtout à cheval. Faut déjà être sacrément bon cavalier pour faire marcher un cheval à reculons.

La déception. Boris Vian qui se répand en inepties...

hugues_aufrayNana Mouskouri, lorsqu'elle reprend la chanson un peu plus tard, commet la même absurdité. A la limite, on lui pardonne, elle est grecque, elle parle pas vraiment la langue, et peut-être qu'en Grèce les gens se suivent à reculons. C'est possible. J'y crois moyen, mais c'est possible. Mais quand, plus récemment, Emilie Loizeau ne change pas un mot de ce texte imbécile, c'est inacceptable. Se permettre de propager de telles horreurs au vingt-et-unième siècle est à la limite du criminel. D'autant plus qu'entre temps, et il faut lui en rendre grâce, Hugues Aufray avait eu le bon goût de rétablir la vraisemblance en transformant le vers débile en Alors je lui ai dit voulez-vous m'épouser. Ce qui est assez parisien.

vendredi 31 juillet 2009

Troze

Troze adv., excès de cuir

thiefaineComme taitre ou vins, troze appartient à la famille des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) pataquèsifs. Troze s'utilise quand il est question de quelque chose que ce serait mieux si c'était moins et qui commence par une voyelle. Par exemple, quand on est en présence d'une injustice flagrante et démesurée, on doit dire que c'est vraiment troze injuste. En effet, l'expérience montre que si l'on s'aventure à dire que c'est vraiment trop pinjuste, on s'expose systématiquement sinon aux quolibets, du moins à des gros yeux. Ce qui est vraiment troze injuste, parce qu'en fait on devrait dire trop pinjuste, en vrai.

secret_storyOn a trop souvent (là on ne peut pas dire troze, car souvent ne commençant pas par une voyelle, nul n'est besoin de tergiverser sur la liaison) l'impression que troze n'est employé que par des candidats petitement cérébrés d'émissions de télé-réalité (e.g. Nan, tu vois, sérieux, j'veux dire, je trouve que Jonathan il est troze énervant à vouloir être le chef de la maison, tu comprends...). En fait non, on trouve des usages de troze même chez des gens au-dessus de tout soupçon. Ainsi, dans sa chanson Strindberg 2007*, sous-titrée (à une autre banale harriet bosse, à une autre mécanique féminine vénale), Hubert-Félix Thiéfaine affirme-t-il : "T'étais juste une fille comm' les autres, jolies rondeurs belles fissures, blonde mais pas de quoi faire honneur à mes troze anciennes blessures".

wittgensteinIl vieillit un peu Thiéfaine, non ? Maintenant, ses textes ne sont presque pas plus compliqués à comprendre que le Tractatus Logico-philosophicus de Wittgenstein. Sauf les titres, peut-être...

* Dans son plaisant album de duos avec Paul Personne, Amicalement Blues.

lundi 13 avril 2009

Débaptisation

Débaptisation n.f. XXIe s. fait de prendre les devants avant de se faire excommunier parce qu'on a utilisé un préservatif au moins une fois dans sa vie

baptemeS'il est un mérite que l'on peut reconnaître à Benoît XVI, c'est bien celui d'offrir au dictionnaire des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) une doublette de nouveaux synonymes, débaptême (278 occurrences sur google) et débaptisation (plus populaire, 13600 occurrences). Cela grâce à une succession de sorties médiatiques malheureuses, sur lesquelles on ne reviendra pas ici, qui encouragent un certain nombre de bons catholiques à renoncer (au moins partiellement, on ne va quand même pas jusqu'à l'apostasie, malheureusement) à leur embrigadement religieux. Mais là n'est pas le sujet, contentons nous de parler des mots.

Le débaptême et la débaptisation, donc, sont deux mots qu'on entend de plus en plus, et qui sont absents de mes dictionnaires de référence et n'existent donc pas. Tous au plus y trouve-t-on le verbe débaptiser, mais ce dernier ne revêt en aucun cas la moindre acception liée à la religion, il n'est défini qu'ainsi : priver quelqu'un de son nom pour lui en donner un autre. Il est intéressant de noter que la débaptisation qui pourrait être issue de ce verbe ne saurait guère être active mais bien passive. La nouvelle mode du débaptême, en revanche, est un acte pleinement conscient et revendiqué.

Bravo donc à M Ixvéhi d'encourager, par ses actes et ses paroles, des réactions qu'aucun dictionnaire n'était parvenu à anticiper.