jeudi 5 novembre 2009

Hunhans

Hunhans n.m.pl. 365 jours depuis le début

Lorsqu'un évènement s'est produit il y a cent ans, on fête son centenaire. Lorsqu'un évènement s'est produit dix fois plus récemment, on fête ses dix ans. Lorsqu'un évènement s'est produit il y a deux ans, on fête... ses deux ans. Lorsqu'un évènement s'est produit il y a 365 jours, on fête son premier anniversaire. Ou ses hunhans. Hier par exemple, les journalistes n'ont pas manqué de célébrer les hunhans de l'élection de Barack Obama. Ils auraient pu parler du premier anniversaire de l'évènement, mais non, ils ont bien parlé de ses hunhans. Ses un an, ça ne fonctionne pas, parce qu'après ses il faudrait que an soit au pluriel, ses un ans non plus, parce que s'il n'y en a qu'un, il n'y a aucune raison de mettre an au pluriel, son un an ça ferait bizarre, donc il s'agit bien des hunhans qu'il convient de fêter.

On notera qu'un mot qu'existe pas (et qu'on utilise quand même) construit sur le même principe est tombé en désuétude. Il n'était pas rare au siècle dernier d'entendre quelqu'un avec qui l'on était en légère situation de dette réclamer ses hunfrans. Ce mot qu'existe pas a été supplanté par huneuros, preuve s'il en fallait de l'augmentation du coût de la vie.

Comment ai-je pu croire au Père Noël?

Disponible dans toutes les librairies

Comment être soi-même dans une soirée où l’on ne connaît personne ?
(Le moi existe-t-il ?)

Pourquoi Mamie met-elle une casquette et un pull écossais à son yorkshire ?
(Les animaux ont-ils une raison ?)

Comment ai-je pu rester si longtemps avec un mec aussi con ?
(Ne désirons-nous que des choses que nous estimons bonnes ?)

Dans cet ouvrage, nous espérons montrer que la philosophie n’a rien d’ennuyeux, elle permet de comprendre de manière simple des choses complexes, et n’est jamais éloignée de la vie quotidienne. Elle parle à tout le monde. Elle parle de chacun.


mardi 3 novembre 2009

Nirvãter

V. intr. - 2 nov. 2009; contraction mal expliquée du sanskr. nirvana "extinction", et du lat. vadere "aller".

Prendre un rendez-vous chez le médecin après avoir été guéri d'un cancer, apparemment...

"Y a pas que le moment du diagnostic qu'est dur: quand on nirvãt et qu'on pense que tout va bien et qu'on attend le verdict..." (N. Sarkozy, discours sur le plan cancer II, Marseille, 2 novembre 2009, 28'54'').

Ainsi, si l'on prend un rendez-vous chez le médecin sans jamais avoir eu de cancer, on dira: "prendre rdv chez le médecin". Si on prend un rendez-vous chez le médecin alors qu'on est encore atteint d'un cancer, on dira: "prendre rdv chez le médecin", c'est-à-dire la même chose. En revanche, si l'on a été guéri d'un cancer, on dira: "nirvãter".

La conjugaison est mal connue. Sans doute est-elle de la forme: je nirvã, tu nirvãs, il nirvãt, etc. Surtout, on ignore pourquoi il faudrait dire autre chose que "prendre un rendez-vous chez le médecin pour la seule raison qu' a été guéri d'un cancer. L'origine étymologique sanskrit nous le révèle sans doute un petit peu: le nirvãna signifiant "l'extinction". Il s'agit sans doute de l'extinction de la maladie qu'on espère ne pas voir revenir. Et c'est sûrement ça, "qu'est dur"!

vendredi 30 octobre 2009

Aéropage

Aéropage n.m. : lit volant

Ainsi qu'omnibuller, aéropage appartient à une catégorie bien particulière du dictionnaire des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) : celle des mots qui font immanquablement partie de l'arsenal lexical des besogneux qui cherchent à parler plus haut que leur Robert. Parce qu'il ont ouï l'une ou l'autre fois quelque mot de plus de trois syllabes, dont ils ont vaguement entendu le sens grâce au contexte, il ne peuvent s'empêcher de tenter de le recaser au détour de toutes les conversations dans lesquelles ils espèrent briller. Par exemple quand ils sont interrogés par Jean-Luc Delarue sur le plateau d'une émission de télévision.

Malheureusement, entendre une fois un mot de plus de trois syllabes, même si l'on a à peu près compris ce qu'il signifie, n'implique pas que l'on soit apte à le restituer correctement. Ainsi, lorsqu'un pédant occasionnel mais limité veut se la péter en parlant d'un groupe de gens, il n'est pas rare de l'entendre désigner ledit groupe sous le nom d'aéropage. Alors que non. Il suffit de jeter un coup d'œil furtif dans le premier dictionnaire étymologique venu pour se rendre compte que si le mot tire son nom d'un tribunal qui se tenait sur la colline d'Arès, il est quand même plus raisonnable de parler d'aréopage. Ça marche aussi à l'écrit, 53100 réponses sur Google pour aéropage, 110000 pour aréopage. La minceur de l'écart fait frémir.

Il serait amusant de réaliser une étude statistique pour déterminer quelle proportion des gens qui utilisent le mot aéropage ont coutume de prendre l'avion à l'aréoport...

jeudi 29 octobre 2009

café littéraire


Organisé par la librairie A LIVR'OUVERT

Le Mardi 10 novembre 2009 à 20 heures.

à la MJC Mercoeur
4 rue Mercoeur
75011 Paris

Métro ligne 9: Voltaire ou Charonne
Métro ligne 2: Philippe Auguste

mardi 22 septembre 2009

On peut être poète et cohérent, bordel !

boris_vian2C'est vrai, quoi, c'est pénible. Sous couvert de licence poétique, combien d'écrivaillons, combien de besogneux pollueurs de papier nous agacent l'entendement par leurs élucubrations incongrues et scientifiquement inacceptables. La terre est bleue comme une orange. Drogué, va ! C'est proprement insupportable. Et le plus difficile à avaler, c'est quand même les plus grands se laissent aller à de telles affligeantes facilités. Même Boris Vian, je viens de le découvrir. Boris Vian ! Le coup dur, quoi...

Lorsqu'il adapte, au demeurant de manière fort sympathique, Kisses sweeter than wine sous le titre Ses baisers me grisaient, vraisemblablement pour Juliette Gréco, ça peut se vérifier, il commet l'irréparable... En partant pour la noce avec son cheval brun il a croisé une rousse au détour du chemin, elle avait la peau fraiche et le nez retroussé, alors il l'a suivie sans même se retourner.

N'importe quoi ! Trop pas possible ! Si tu croises une rousse, c'est qu'elle arrive face à toi, puteborgne ! Par suite, pour la suivre, il te faut nécessairement te retourner. Tu ne peux pas suivre sans te retourner une rousse que tu croises. Même si elle est brune. T'es obligé de te retourner ! Ou alors, tu la suis à reculons, mais c'est quand même super pas crédible. Surtout à cheval. Faut déjà être sacrément bon cavalier pour faire marcher un cheval à reculons.

La déception. Boris Vian qui se répand en inepties...

hugues_aufrayNana Mouskouri, lorsqu'elle reprend la chanson un peu plus tard, commet la même absurdité. A la limite, on lui pardonne, elle est grecque, elle parle pas vraiment la langue, et peut-être qu'en Grèce les gens se suivent à reculons. C'est possible. J'y crois moyen, mais c'est possible. Mais quand, plus récemment, Emilie Loizeau ne change pas un mot de ce texte imbécile, c'est inacceptable. Se permettre de propager de telles horreurs au vingt-et-unième siècle est à la limite du criminel. D'autant plus qu'entre temps, et il faut lui en rendre grâce, Hugues Aufray avait eu le bon goût de rétablir la vraisemblance en transformant le vers débile en Alors je lui ai dit voulez-vous m'épouser. Ce qui est assez parisien.

vendredi 31 juillet 2009

Troze

Troze adv., excès de cuir

thiefaineComme taitre ou vins, troze appartient à la famille des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) pataquèsifs. Troze s'utilise quand il est question de quelque chose que ce serait mieux si c'était moins et qui commence par une voyelle. Par exemple, quand on est en présence d'une injustice flagrante et démesurée, on doit dire que c'est vraiment troze injuste. En effet, l'expérience montre que si l'on s'aventure à dire que c'est vraiment trop pinjuste, on s'expose systématiquement sinon aux quolibets, du moins à des gros yeux. Ce qui est vraiment troze injuste, parce qu'en fait on devrait dire trop pinjuste, en vrai.

secret_storyOn a trop souvent (là on ne peut pas dire troze, car souvent ne commençant pas par une voyelle, nul n'est besoin de tergiverser sur la liaison) l'impression que troze n'est employé que par des candidats petitement cérébrés d'émissions de télé-réalité (e.g. Nan, tu vois, sérieux, j'veux dire, je trouve que Jonathan il est troze énervant à vouloir être le chef de la maison, tu comprends...). En fait non, on trouve des usages de troze même chez des gens au-dessus de tout soupçon. Ainsi, dans sa chanson Strindberg 2007*, sous-titrée (à une autre banale harriet bosse, à une autre mécanique féminine vénale), Hubert-Félix Thiéfaine affirme-t-il : "T'étais juste une fille comm' les autres, jolies rondeurs belles fissures, blonde mais pas de quoi faire honneur à mes troze anciennes blessures".

wittgensteinIl vieillit un peu Thiéfaine, non ? Maintenant, ses textes ne sont presque pas plus compliqués à comprendre que le Tractatus Logico-philosophicus de Wittgenstein. Sauf les titres, peut-être...

* Dans son plaisant album de duos avec Paul Personne, Amicalement Blues.

lundi 13 avril 2009

Débaptisation

Débaptisation n.f. XXIe s. fait de prendre les devants avant de se faire excommunier parce qu'on a utilisé un préservatif au moins une fois dans sa vie

baptemeS'il est un mérite que l'on peut reconnaître à Benoît XVI, c'est bien celui d'offrir au dictionnaire des mots qu'existent pas (et qu'on utilise quand même) une doublette de nouveaux synonymes, débaptême (278 occurrences sur google) et débaptisation (plus populaire, 13600 occurrences). Cela grâce à une succession de sorties médiatiques malheureuses, sur lesquelles on ne reviendra pas ici, qui encouragent un certain nombre de bons catholiques à renoncer (au moins partiellement, on ne va quand même pas jusqu'à l'apostasie, malheureusement) à leur embrigadement religieux. Mais là n'est pas le sujet, contentons nous de parler des mots.

Le débaptême et la débaptisation, donc, sont deux mots qu'on entend de plus en plus, et qui sont absents de mes dictionnaires de référence et n'existent donc pas. Tous au plus y trouve-t-on le verbe débaptiser, mais ce dernier ne revêt en aucun cas la moindre acception liée à la religion, il n'est défini qu'ainsi : priver quelqu'un de son nom pour lui en donner un autre. Il est intéressant de noter que la débaptisation qui pourrait être issue de ce verbe ne saurait guère être active mais bien passive. La nouvelle mode du débaptême, en revanche, est un acte pleinement conscient et revendiqué.

Bravo donc à M Ixvéhi d'encourager, par ses actes et ses paroles, des réactions qu'aucun dictionnaire n'était parvenu à anticiper.

mercredi 7 janvier 2009

Vade Retro Oestrogenas

neuwirthQuand des mecs qui ont mis quatre siècles à admettre du bout des lèvres que Galilée n'avait peut-être pas totalement tort en disant que la Terre tournait autour du soleil s'amusent à se prendre pour des scientifiques, ça me fait toujours doucement rigoler. Le Vatican s'érige ces derniers temps en défenseur de l'environnement, pourquoi pas. Et pour s'attaquer aux problèmes environnementaux, la Bande à Benoît commence par dénoncer les effets dévastateurs de la pilule sur l'environnement. Pour résumer ce qu'on peut trouver quant au contenu de l'article (l'article lui-même semblant introuvable car le site de l'osservatore romano ne dispose pas d'archives exhaustives), disons que les tonnes d'hormones relâchées dans la nature à travers les urines des femmes qui prennent la pilule seraient un des principaux fléaux écologiques du monde. Ben voyons. Aucun rapport évidemment avec le fait que l'église catholique condamne a priori toute contraception, hein, c'est juste du scientifique et de l'écologique...

benoit_XVIPetit calcul rapide en ce qui concerne les tonnes d'hormones. En moyenne, les pilules actuelles contiennent à peu près 20 µg d'oestradiol par comprimé. Une femme sous pilule prend 21 comprimés par mois 12 mois par an. En admettant qu'elle ne métabolise rien et qu'elle rejette tout en faisant pipi, elle relarguerait donc grosso modo 5 mg d'hormones par an. Considérons maintenant la population mondiale. 6 milliards d'individus, soit à peu près 3 milliards de femmes. Une approximation comme ça, à la louche, on va dire qu'il y en a 10 % qui prennent la pilule. Et à mon avis je suis très très large. Mais mettons. Soit 300 millions fois 5 mg, ça nous donnerait donc, dans le pire des cas, 1,5 t d'hormones venues des contraceptifs oraux rejetées dans la nature par l'urine des pêcheresses...

Une tonne et demi... pas de quoi en faire des tonnes...

Pedro José Maria Simon Castellvi me semble donc être un gros guignol, qui mérite à ce titre d'être le premier à figurer au Conservatoire des Etalons de la Connerie Universelle pour l'année 2009.

lundi 5 janvier 2009

Au pire, qu'est-ce qu'on risque ?

Donald_WestlakeLe couperet tombe aujourd'hui. Plus de publicité (enfin le soir, pour commencer) sur France 2, 3, 4, 5 et Ô. Le contrat, éxécuté par Sarkozy, aurait été lancé par TF1, jaloux de voir ses concurrents gagner aussi de l'argent facile. Vrai ou pas, on ne le saura pas, motus et bouche cousue. La question qui se pose maintenant est la suivante : la fin de la publicité va-t-elle mener la télévision publique sur les sentiers du désastre ?

Donc, plus de pub sur le service public. Donc moins d'argent pour payer les droits de diffusions de blockbusters. Au pire, qu'est-ce qu'on risque ? Moins de Besson et plus de Capra ? Moins d'argent aussi pour payer les animateurs producteurs d'émissions de divertissement. Au pire, qu'est-ce qu'on risque ? Moins de Drucker et plus de Taddeï ? Moins de reportages sur les dégâts des eaux chez Courbet, et plus sur les aztèques dansants à Envoyé Spécial ? Que des mauvaises nouvelles, donc...

donald_westlake_au_pire_qu_est_ce_qu_on_risqueOn est aussi mort de trouille du fait que le président de France Télévisions sera maintenant nommé et révocable par le Président de la République (soit, pour le moment, Nicolas Sarkozy, personne n'est parfait). Dès lors, la télévision publique perdrait son indépendance. Mais franchement, au pire, qu'est-ce qu'on risque ? Une ligne éditoriale qui perd son indépendance (qui reste à démontrer) vis-à-vis du pouvoir mais s'affranchit de la coupe des annonceurs perd-elle vraiment beaucoup en crédibilité ? Et puis, si on veut de l'information vraiment indépendante, il reste, divine providence, TF1...