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mardi 16 novembre 2010

Renomination

Renomination n.f. action de nommer derechef quelqu'un à un poste qu'il occupe déjà

Rendons tout d'abord justice à Christine Lagarde, éhontément accusée d'avoir commis une bourde en expliquant que le nouveau gouvernement était absolument révolutionnaire, étant donné que le principe d'une révolution est d'effectuer un tour complet à 360°. C'est d'une part tout-à-fait rigoureux (en tout cas pour ce qui concerne la définition de la révolution, celle de l'adjectif révolutionnaire dérivant uniquement d'une autre acception du substantif), et cela confirme d'autre part non sans un certain humour l'impression que tout le monde, sauf peut-être Christian Estrosi (dont on peut regretter qu'il ait échappé à la vague des renominations, cela étant, avec l'arrivée de Frédéric Lefebvre, ils vont quand même avoir encore des occasions de rigoler, au conseil des ministres) , a eue : exécuter un tour complet, c'est en définitive ne rien changer après avoir pendant le mouvement brassé un peu d'air. Christine Lagarde n'a donc pas sorti une énormité, elle s'est en fait ouvertement foutu de la gueule de Nicolas Sarkozy et de François Fillon, ce qui compte-tenu de sa propre renomination est toutefois, il convient de le noter, la preuve d'une certaine ingratitude. Ou alors elle ne l'a pas fait exprès, mais il est raisonnable d'en douter.

La renomination, donc, est un affreux néologisme remis à la mode, en raison des conceptions sarkoziennes de la révolution qui ont conduit à reconduire François Fillon au poste de Premier Ministre, par la cohorte des observateurs de la vie politique. Oh, certes, cette abjection vocabulistique n'est pas si nouvelle, mais songez donc que pour 27900 références sur Google (pages en français) pour la dernière année, près de la moitié (13000) datent de moins d'une semaine. Voilà bien une preuve, s'il en fallait encore, que la richesse du vocabulaire des journaleux n'est désormais plus affaire que d'effets de mode.

dimanche 27 juillet 2008

Pas de réduction pour les militaires

morinFrançois Fillon a annoncé récemment les détails de la réforme de la carte militaire concoctée par le Ministre de la Défense Hervé Morin. 83 sites ou unités militaires vont être supprimés à partir de 2009. L'effort est louable, messieurs du gouvernement, mais la technique n'est pas adaptée. Ce n'est pas en supprimant son habitat que l'on parviendra à éradiquer le militaire, l'animal a subi un entraînement des plus sévères pour parvenir à s'adapter en milieu hostile.

"L'inutilité du militaire est un fait connu que nul n'ose plus discuter en notre siècle de dialectique progressifiante", énonçait Boris Vian il y a tout juste soixante ans, avant de proposer, catégorie par catégorie, quelques moyens de destruction des militaires. Là encore, l'intention était louable, mais la mise en application de ses préconisations était si peu aisée qu'en notre siècle de progrès dialectisant nous en sommes encore là où nous en sommes ce qui est fâcheux.

C'est pourquoi je me permettrai messieurs du gouvernement de vous suggérer une nouvelle méthode de travail qui me semble présenter un potentiel prometteur pour s'avérer définitive, méthode que j'intitulerai guerre totale inversée, intitulé qui présente lui-même l'avantage de pouvoir être aisément résumé par les journalistes par l'acronyme GTI.

caserneLe principe en est simple, le voici. Il s'agit dans un premier temps d'identifier une grande puissance concurrente, amie ou ennemie, peu importe, l'essentiel étant qu'elle dispose d'une force armée peu ou prou équivalente et qu'elle soit disposée à user de la même méthode pour aboutir au même résultat. D'accord sur le principe, les deux puissances devront ensuite s'entendre sur le choix d'un champ de bataille, de préférence désert afin d'éviter tout dommage collatéral. Vient ensuite la GTI elle-même. Il s'agit alors de suivre une règle simplissime, dite règle d'inversion, qui consiste à faire donner les ordres de bataille aux éplucheurs de patates et à mettre les gradés en première ligne. Les maréchaux précéderont les généraux, eux-mêmes suivis de près par colonels, commandants, capitaines et autres lieutenants.

S'il y a fort à parier que le degré d'ineptie des ordres concernant les mouvements de troupes ne sera que faiblement affecté par le changement de décideurs, le bénéfice majeur de la règle d'inversion réside en ceci que, alourdis par leurs décorations et leur inexpérience du terrain, les gradés des deux camps auront tôt fait de s'entretuer de manière irrémédiablement létale. Lorsque sergents et caporaux auront également fini par succomber, il ne restera plus aux simples troufions des deux équipes qu'à revêtir les habits civils qu'ils auront pris soin d'emporter dans leur paquetage. Sans porteur de bâton pour leur intimer l'ordre de cogner sur ceux d'en face, ils pourront alors librement aller cultiver leur jardin, ou encore jouer à la pétanque car il fera beau.