mardi 26 février 2013

Alain Rey ne zlatanera pas... nous oui !

C'est l'information linguistique de la journée, le verbe zlataner ne rentrera pas dans l'édition 2014 du Petit Robert qui paraitra en juin. Alain Rey s'en explique en émettant l'hypothèse que le mot ne soit qu'un effet de mode et préfère le laisser sous surveillance. Zlataner demeure donc un mot qui n'existe pas, bien qu'on l'utilise quand même.
  

Ce qui tombe bien, puisque, justement, il figure dans le Dico des mots qui n'existent pas (et qu'on utilise quand même), en librairie dès le 28 mars prochain.


 Plus de détails à suivre, mais on peut déjà annoncer que Gilles (mais pas moi) le dédicacera au Salon du Livre de Paris le 23 mars, stand de Radio France (K9).

dimanche 13 janvier 2013



« Peut-on rire de tout ? La question revient souvent dès que les humoristes ou caricaturistes s’attaquent à des sujets dits “sensibles”, comme la religion, la maladie, etc. Les uns considèrent qu’il faudrait imposer des limites à l’humour au nom de la morale et même, au nom de la loi. Les autres mettent en avant la sacro-sainte liberté d’expression. Et pour trancher, on a l’habitude de citer Desproges : “On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde.”

C’est sans doute qu’on considère toujours que le rire consiste à se moquer. Mais ne rit-on que des choses ridicules ? Le rire n’est-il pas sérieux ? Au fond, quels sentiments s’expriment dans le rire ? Pour savoir si on peut rire de tout, il faudrait donc commencer par se demander : qu’est-ce que le rire ? »


Sorti le 10 janvier dans toutes les (bonnes) librairies.

mardi 2 octobre 2012

La publicité a-t-elle remplacé la politique?


Voilà ce que je veux dire...
 "Et c’est un peu ça, la laitière : la fin de l’histoire. La crème caramel réconcilie tout le monde : elle instaure la paix et la concorde, mieux que tous les régimes politiques qui ont tenté de le faire, à commencer par le pouvoir issu de la Révolution Française qui, sous prétexte d’assurer le bonheur de tous, a fini par instaurer la Terreur – comme tous les pouvoirs qui prétendaient instaurer le bonheur de tous. Apparemment, les luttes politiques n’ont jamais mené à rien et d’ailleurs, on n’y « croit » plus. La publicité répond bien mieux aux besoins et aux désirs des peuples, et la société de consommation les rend heureux."



mardi 4 septembre 2012

Quelques grammes de PHILO dans un monde de pub (aux éditions Max Milo)



"Une des campagnes les plus laides que je connaisse, c’est celle d’Orangina, avec ses couleurs criardes et ces animaux monstrueux aux corps humanoïdes et très « sexualisés » : l’ours qui se met du déodorant et la girafe qui étend son linge avec la lessive Orangina,  « naturellement ». Rien de naturel dans tout ça, évidemment. Mais pourquoi montrer des images si repoussantes pour une publicité ? Pourquoi créer le malaise quand le but est de donner au consommateur l’envie d’acheter un produit ? Bien sûr, c’est qu’on est parvenu au nec plus ultra de la publicité « conceptuelle » qui a depuis longtemps dépassé la simple réclame, pour devenir œuvre d’art. (...) « Si les marques ne sont pas des produits mais des idées, des attitudes, des valeurs et des expériences, pourquoi ne pourraient-elles pas également constituer une culture ? » C’est bien ce que montrent ces pubs où la bouteille d’Orangina peut tout aussi bien devenir un déodorant pour les ours ou une lessive pour les girafes. Le message est clair : je suis une marque tellement connue qu’il est inutile de vous expliquer ce que je vends. D’ailleurs, je ne vends rien : je ne suis pas une marchandise, je suis un « concept » ou une œuvre d’art. Bref, « la marque se répand ». Et en matière d’art, on a déjà vu bien pire dans la revendication d’une esthétique du laid dérangeante : le baroque, le surréalisme ou les tableaux torturés de Francis Bacon. Ce n’est pas beau, c’est monstrueux et donc, magnifique. Cette campagne Orangina provoque bien ces sentiments par lesquels Kant définissait le Sublime : « l’étonnement qui confine à l’effroi, l’horreur et le frisson sacré qui saisissent le spectateur »

Par contre, il y a une autre campagne encore plus laide, pour Virgin radio, « restons frais ». Et là, même en allant chercher Kant, il faut bien admettre que si cette campagne est laide, c’est juste parce qu’elle est complètement ratée – et pas fraîche du tout..."

Sorti le 30 aout 2012. 

dimanche 22 juillet 2012




avec Gilles Vervisch,



Tous les samedis à midi, 
à partir du 4 aout,

mardi 21 février 2012

Carnaval de Dunkerque: la philosophie du hareng

Pourquoi lancer des harengs à la foule pendant le carnaval de Dunkerque? Et d'où vient ce plaisir de sentir le hareng?

Un genre de grossièreté qui évoque peut-être les mauvaises manières de Diogène le Cynique, qui se moquait des conventions.





Pour en savoir plus,

Le podcast de la chronique philo

mardi 31 janvier 2012

Intervention de Nicolas Sarkozy: y a-t-il plusieurs vérité?

Que faut-il penser de l'intervention de Nicolas Sarkozy, dimanche 29 janvier?

Libération écrit en Une : « un président perdu », pendant que le Figaro parle de « mesures fortes pour relancer l’économie. » Apparemment, personne n'a vu le même film.

Alors, y a-t-il plusieurs vérités, comme l'admet le Président lui-même à la fin de son interview ?

La réponse dans la chronique "façon de penser":

En Podcast.


mardi 22 novembre 2011

Le meurtre d'Agnès et le fantasme Minority Report

Bien sûr que le meurtre d’Agnès au Chambon-sur-Lignon est horrible : violée, tuée et brûlée par un adolescent déjà incarcéré pour viol pendant quatre mois. Pourquoi ne pas l’avoir gardé en détention préventive en attendant le procès de son crime précédent ? Et qu’est-ce qu’il faisait dans un internat de jeunes filles ? Pourquoi, au moins, ne pas avoir prévenu le lycée-collège du passé judiciaire du garçon ? Bref, on aurait sans doute pu prendre quelques mesures de prudence.

En même temps, Mais les plaintes deviennent très étranges quand on dit que les experts psychiatres se sont trompés, ou qu’ils n’ont pas bien évalué la « dangerosité » de l’adolescent, puisqu’ils l’ont jugé « réinsérable » - comme on dit avec un mot qui n’existe pas. Alors, certains font remarquer que la psychiatrie n’est pas une science exacte et qu’effectivement, elle peut se tromper. Mais se tromper sur quoi ? On voudrait que les psychiatres soient des experts de l’avenir, que leur science consiste à prévoir, et même prédire les actes futurs d’un individu.

C’est exactement ce qui passe dans le film de Spielberg Minority Report : la police dispose de trois experts-médiums qui peuvent « voir » les crimes avant qu’ils ne soient commis. Ce sont les « précogs » (sans doute du latin cogito, « je pense », et ici : je vois par la pensée ce qui va se passer avant que ça ne se passe). Du coup, la police arrête les criminels avant qu’ils ne commettent leurs crimes. Ce qui est assez étonnant, c’est que cette histoire de science fiction est censée faire peur. A première vue, un monde dans lequel on pourrait savoir à l’avance qu’un crime sera commis, n’est ni possible, ni souhaitable. Ce n’est pas possible, parce que le futur n’est pas écrit, et qu’on suppose que les individus agissent librement. Ce n’est pas souhaitable, surtout, pour deux raisons : d’abord, ça veut dire qu’on pourrait arrêter et condamner les gens alors même qu’ils n’auraient encore rien fait. Et donc, ils seraient innocents. Ensuite, parce qu’on considèrerait, de fait, qu’ils ne sont pas libres de leurs actes, et ne peuvent rien changer à leur avenir. Quand on regarde le film, c’est très dérangeant. D’ailleurs, on est un peu soulagé en découvrant que les précogs peuvent se tromper (notamment à propos du héros, Tom Cruise). On apprend qu’il existe justement des « minority reports » ou « rapports minoritaires », c’est-à-dire quelques prédictions des « précogs » qui se sont révélées fausses. On est soulagé, parce que ça veut dire que l’avenir n’est pas écrit, et qu’il subsiste toujours une part d’imprévisibilité, et donc, de liberté, dans la vie de chacun.

Or, il est étonnant que ce qui fait peur et soulage dans ce film soit exactement l’inverse de ce qu’on voudrait quand on parle du meurtre d’Agnès. On voudrait justement que les experts-psychiatres puissent prédire l’avenir, et on a peur qu’ils se trompent. Sans se rendre compte de ce que tout ça implique : qui voudrait vivre dans un monde où on peut être arrêté et enfermé , non pas pour des actes qu’on a commis, mais pour des actes qu’on pourrait commettre dans l’avenir, alors que chacun revendique sans doute le droit d’être reconnu comme un individu libre de ses actes ? C’est pourtant ça qu’on appelle la « dangerosité » : la possibilité ou la probabilité qu’a un individu de commettre un crime.

Il faut sans doute penser à toutes ces conséquences quand on réclame des mesures supplémentaires pour prévenir l’avenir. Ce qui est dangereux, au fond, c’est de vouloir faire des lois en réagissant un peu trop vite à des faits divers tragiques, dramatiques, mais rares. Bref, dans quel monde voudrait-on vivre ? Il n’est pas certain que ce soit le monde de Minority Report.

mardi 6 septembre 2011

Les chroniques philo sur le Mouv': DSK ou le retour du fils prodigue

Comment expliquer que le retour de DSK soit l’événement du week-end ? On nous annonce pourtant un plan de rigueur qui devrait intéresser tout le monde (vu que c’est nous qui paye). Mais non : les journalistes et les photographes se lèvent à pas d’heure pour accueillir DSK à l’aéroport, avant de nous dire qu’il rentre au numéro 13 de la place des Vosges. Qu’est-ce qu’on en a à faire ? Bref, malgré les tentatives des autres politiques pour nous expliquer qu’il s’agit d’un non-événement, d’une affaire privée qui ne change rien à rien, il a encore piqué la vedette à tout le monde.

En fait, le retour de DSK, c’est un peu le retour du fils prodigue. Vous connaissez peut-être l’histoire – ou pas, d’ailleurs. D’abord, on parle bien du retour du fils prodigue et non pas du fils « prodige » comme on l’entend parfois ; ça veut dire, le fils qui dépense beaucoup. Il s’agit d’une parabole racontée par Jésus dans l’évangile selon Saint-Luc. « Un homme avait deux fils » : le plus jeune demande à son père sa part d’héritage et s’en va « pour un pays lointain » dilapider sa fortune « avec des prostituées ». Mais il « se trouva fort dépourvu quand la bise fut venue ». Et après avoir tout perdu, le fils revient chez son père, rongé par la honte et le remords. Pourtant, son père l’accueille à bras ouverts, lui fait des cadeaux et organise une fête pour son retour. Du coup, l’autre fils qui s’était toujours montré travailleur et obéissant est dégoûté. Et là, on pense aux Etats-Unis, le « pays lointain » de DSK, à la fortune qu’il a dépensée et à ses déboires judiciaires. Et comme le fils prodigue, les médias lui font la fête, impatients d’entendre sa première déclaration comme s’il s’agissait de la parole du Christ.

Quelle est la morale de l’histoire ? À l’origine, la parabole parle de miséricorde, ou de pardon : savoir accueillir la brebis égarée qui rentre au bercail et se repend. Mais on pourrait penser qu’il n’y a pas de morale et aucune justice, puisque le fils ingrat est plus récompensé que l’autre. Alors, « éclatez-vous ! » Comme dirait Jésus. Tandis que la plupart des responsables politiques font tout pour montrer qu’ils s’intéressent aux problèmes des français, on ne parle que de l’irresponsable DSK qui s’éclate aux States.

Cela dit, on peut y voir la dissolution de la politique dans la société du spectacle, lorsque l’image importe plus que les idées. Les responsables politiques jouent aux peoples dans les émissions de divertissement. Faire de la politique ne consiste pas à agir pour le bien commun ou même à en parler, mais simplement, à raconter des histoires pour créer un personnage. On vote pour ses gouvernants comme on vote pour des candidats de télé-réalité – « qui restera dans la maison des secrets cette semaine ? » On ne distingue plus vraiment les personnes politiques des héros de séries TV. A ce jeu là, DSK n’est pas mauvais : depuis des mois, on l’a vu vivre dans une série américaine et aujourd’hui, on attend les prochains épisodes. On voudrait nous dire que c’est une affaire privée qui ne regarde pas la politique. Le problème, c’est qu’on mélange les deux depuis bien longtemps. Alors, « qui restera à l’Elysée cette année ? »


Les chroniques philo sur le Mouv', du lundi au vendredi à 7h38, dans le 7-9 d'Amaëlle Guiton.