V.tr.: constater qu'une chose est vraie et indiscutable, ou plutôt faire croire qu'une idéologie, un point de vue tout à fait relatifs et subjectifs constituent des faits objectifs et indiscutables.Aussi étrange que cela puisse paraître, "acter" ne signifie pas "faire l'acteur". L'acteur joue, il n'acte pas. De même commettre un acte se dit "agir" et non "acter". Quel est donc ce verbe? En fait, c'est un mot qui a déjà existé au Moyen-âge. Il est répertorié dans le Dictionnaire de l'ancienne langue française du IXe au XVe siècle et signifie "dater convenablement les actes, en reconnaître, en vérifier les dates". Il s'agit donc d'actes juridiques.
De nos jours, le terme a tendance à revenir dans le même sens: "acter" est alors synonyme de "certifier": garantir quelque chose (un droit, une règle) par un écrit ou un contrat juridique. Bref, "c'est acté!" Du coup, il faudrait se demander qui a ainsi "acté" les choses: l'assemblée? Un notaire? La mairie?
Mais comme le verbe "acter" a vaguement un sens juridique, on a tendance à l'utiliser pour donner à une idée très discutable l'apparence d'une vérité que tout le monde devrait admettre. Ainsi Nicolas Baverez, essayiste et éditorialiste à tendance libérale, tente souvent de faire passer son point de vue subjectif pour un point de vue objectif, voire, un point de vue de Dieu. Dans un article paru dans le Monde le 29 Décembre 2005, il écrivait : "Pour la France, 2005 restera une année terrible mais aussi un tournant. Une année terrible, rythmée par les échecs et les crises qui, dans le droit-fil du collapsus social de 1995 et du krach civique de 2002, ont acté le déclin du pays et l'éclatement de la nation."
Alors, qui a acté le déclin de la France? Le ministère de l'économie? L'assemblée nationale? Si on
relit la phrase, ce sont "les échecs et les crises" de 2005. Ah? Et quelle est donc leur formation juridique à tous ces braves gens? Aucune, puisque "les échecs" et "les crises" sont déjà loin d'être des faits: c'est de son point de vue subjectif à lui que Nicolas Baverez voit des échecs et des crises et finalement, c'est son point de vue qui a "acté" le déclin de la nation ou je ne sais quoi. En bref, en prétendant que ce qu'il affirme est "acté", l'essayiste veut nous faire croire que les faits parlent d'eux-mêmes et que ce n'est pas lui qui parle, pour donner l'illusion que son point de vue n'en est pas un.
Epilogue: certains hommes politiques qui voudraient justifier leur flirt avec le Front National se défendent parfois ainsi: "ce n'est pas parce que Le Pen dit que le Ciel est bleu qu'il faut dire qu'il se trompe, sous prétexte que c'est Le Pen". Autrement dit: des fois, Le Pen dit des choses vraies, objectives, comme par exemple...quoi, par exemple? Le problème, c'est que Le Pen ne dit jamais que le Ciel est bleu: il dit que les français ne se sentent plus chez eux, qu'il y a trop d'immigration, etc. Encore une fois, on voudrait faire passer une idéologie pour une vérité indiscutable .
Comme disait Diogène à quelqu'un qui l'insultait: "Personne ne me croira si je dis du bien de toi, et nul ne te croiras si tu dis du mal de moi." Et si le Pen dit que le Ciel est bleu, ça doit sûrement être faux.
De nos jours, le terme a tendance à revenir dans le même sens: "acter" est alors synonyme de "certifier": garantir quelque chose (un droit, une règle) par un écrit ou un contrat juridique. Bref, "c'est acté!" Du coup, il faudrait se demander qui a ainsi "acté" les choses: l'assemblée? Un notaire? La mairie?
Mais comme le verbe "acter" a vaguement un sens juridique, on a tendance à l'utiliser pour donner à une idée très discutable l'apparence d'une vérité que tout le monde devrait admettre. Ainsi Nicolas Baverez, essayiste et éditorialiste à tendance libérale, tente souvent de faire passer son point de vue subjectif pour un point de vue objectif, voire, un point de vue de Dieu. Dans un article paru dans le Monde le 29 Décembre 2005, il écrivait : "Pour la France, 2005 restera une année terrible mais aussi un tournant. Une année terrible, rythmée par les échecs et les crises qui, dans le droit-fil du collapsus social de 1995 et du krach civique de 2002, ont acté le déclin du pays et l'éclatement de la nation."
Alors, qui a acté le déclin de la France? Le ministère de l'économie? L'assemblée nationale? Si on
relit la phrase, ce sont "les échecs et les crises" de 2005. Ah? Et quelle est donc leur formation juridique à tous ces braves gens? Aucune, puisque "les échecs" et "les crises" sont déjà loin d'être des faits: c'est de son point de vue subjectif à lui que Nicolas Baverez voit des échecs et des crises et finalement, c'est son point de vue qui a "acté" le déclin de la nation ou je ne sais quoi. En bref, en prétendant que ce qu'il affirme est "acté", l'essayiste veut nous faire croire que les faits parlent d'eux-mêmes et que ce n'est pas lui qui parle, pour donner l'illusion que son point de vue n'en est pas un.Epilogue: certains hommes politiques qui voudraient justifier leur flirt avec le Front National se défendent parfois ainsi: "ce n'est pas parce que Le Pen dit que le Ciel est bleu qu'il faut dire qu'il se trompe, sous prétexte que c'est Le Pen". Autrement dit: des fois, Le Pen dit des choses vraies, objectives, comme par exemple...quoi, par exemple? Le problème, c'est que Le Pen ne dit jamais que le Ciel est bleu: il dit que les français ne se sentent plus chez eux, qu'il y a trop d'immigration, etc. Encore une fois, on voudrait faire passer une idéologie pour une vérité indiscutable .
Comme disait Diogène à quelqu'un qui l'insultait: "Personne ne me croira si je dis du bien de toi, et nul ne te croiras si tu dis du mal de moi." Et si le Pen dit que le Ciel est bleu, ça doit sûrement être faux.
Ouais, c'est vrai, cette utilisation de "acter" comme synonyme de prendre acte, est représentatif d'une novlangue de diplômés en cravate qui squattent les médias avec leurs tronches de premier de la classe et leur air sérieux, mais qui sont en réalité bien moins cultivés et savants qu'ils ne le paraissent...
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